Festival TransAmériques : Let’s not beat each other to death

« Ce dont je parle surtout, c’est de ma propre violence, de ma propre agressivité. Et ceux qui regardent, aussi bon soient-ils, portent en eux une part de rage. Je souhaite que les gens sortent du théâtre en se demandant ce qui, dans leur vie, les poussent à sortir de leurs gonds. »

Stewart Legere

C’est a la suite de l’assassinat d’un militant gay en Nouvelle-Ecosse que Stewart Legere rassemble les poèmes, monologues et chansons écrits lors d’une résidence en Irlande afin de créer ce spectacle théâtral et interdisciplinaire. Une création pour parler de la violence, pour crier, peut être même pour pleurer. Dans tout les cas pour se questionner et réfléchir. Pour penser.

 

La compagnie qui porte ce spectacle, Accidental Mechanics, créée par Stewart Legere et le metteur en scène Christian Barry, tend à libérer un espace de création autour des thématiques de l’intime, de l’homosexualité et de la pensée queer. Cette fois-ci, ils se servent de la scène pour mettre en avant la violence de l’homophobie, et pour dénoncer à travers elle toutes les violences quotidiennes, provoquées ou subies. Non pas pour les cacher ou la rendre extérieures à nous, mais bien pour accepter celles que l’on porte. Pour accepter que nous les portons déjà en nous.

 

« Je crois que si nous considérons les gens qui posent des actes violents comme s’ils faisaient partie des « autres », nous nions le fait que nous possédons aussi en nous une part de violence. (…) je commets aussi des actes violents. (…) Je dois donc d’abord tâcher de comprendre le poids de mes mots et de mes actions sur les autres, et agir en conséquence. » explique l’acteur et écrivain. Cette pensée semble être le centre de cette pièce que le FTA a eu le bon choix de nous faire découvrir.

 

De la poésie au chant, au dialogue, aux tableaux visuels qui les illustrent, du silence au cri du cœur, S. Legere et C. Barry partagent avec nous une performance qui va de plus en plus profond dans la vérité.

Et plus ils se rapprochent de cette vérité, plus ils s’éloignent des codes scéniques.

 

Le spectacle commence avec une utilisation « classique » de la scène. Quelqu’un, loin des codes de genre, et de taille, et de tout, entouré de micros, va nous donner à entendre la langue anglaise dans sa plus belle utilisation et ses plus belles sonorités. À travers elle, c’est sans détour et sans aucune prétention qu’il nous slam et chante une vérité, ses questionnements, sa recherche et sa vie. Tout cela avec simplicité, et pas un soupçon d’exhibitionnisme. Il nous propose juste d’être là dans tout ce qu’il est et dans toute sa vérité, pour nous la partager, et se questionner, ensemble. Tous ensemble. C’est ainsi qu’il casse tous les codes pour parler au public, directement, pas seulement lui en tant qu’acteur, mais bien ce qu’il est vraiment, au-delà de sa position d’acteur. Il nous partage ainsi la violence subie et provoquée, il raconte la violence, la peur, la mort, le reste. Il veut nous en libérer. Et afin de s’en libérer complètement, une fois l’acceptation de tout ce qu’il y a en nous que nous refusons de connaître, pour tenter d’apprendre à reconnaître notre rage pour mieux la maîtriser, la scène se transforme à nouveau. C’est tous ensemble, que nous allons nous délivrer. « Nous suons tous ensemble » sur la scène transformée en dancefloor, accompagnée par un dj de la ville. Un espace pour tous, où tout redevient égalitaire : Il n’y a plus de position hiérarchique entre les spectateurs, l’acteur, le metteur en scène, les technicien. Il n’y a peut-être même plus de hiérarchies entre les genres, les âges, ou les nationalités…. Nous suons tous ensemble.

Et comme dans une soirée, il y a un bar, et tout le monde part quand il veut.

 

Après tant d’émotion et de surprise, il est beau de relire cette phrase du metteur en scène, afin d’honorer leur travail et de continuer à chercher :

« À ce public, nous demandons ceci : Nous savons que vous n’avez pas d’agissement homophobe, mais qu’est ce qui, dans votre vie, contribue à ce que ces comportements se perpétuent? » C. Barry

 

Auteure : Louise Gros

Crédits image de garde : Mel-Hattie

 

Festival TransAmériques : Let’s not beat each other to death. Au Théâtre Espace Go, 30-31 mai, 1er juin

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