Dance me \ les Ballets Jazz de Montréal sur la musique de Léonard Cohen

Toute chose est ébréchée, nous a rappelé Leonard Cohen; « c’est ainsi que rentre la lumière ». Si le vers a été tant remémoré depuis la mort du poète – parfois non sans sentimentalité – c’est sans doute car il évoque à lui seul l’étendue spirituelle, esthétique, affective que ce dernier a su tracer. Le vers est en effet devenu devise : de la faillibilité et de la beauté qu’elle recèle, de notre inéluctable vulnérabilité.

On ne saurait dire si le problème de Dance Me… des Ballets Jazz de Montréal est qu’il est dépourvu de toute brèche, ou qu’il en a justement trop. Il y a trop de lumières, trop de fougue, trop de théâtralité dans ce spectacle, qui se veut un hommage à l’œuvre du légendaire poète et chanteur montréalais. Si le spectacle a été ramené sur les planches du théâtre Maisonneuve cette semaine, c’est qu’il avait séduit le public lors de sa première représentation en 2017 – chose qu’il n’a pas manqué de faire en cette seconde venue. Les danseurs et leurs chorégraphes ont été longuement ovationnés, sans doute pour l’énergie et l’incontestable virtuosité de leur prestation. Mais ce ne pouvait être pour la profondeur de la recherche chorégraphique ni la transcendance du mouvement. Il émanait de ce spectacle l’aura du blockbusterchorégraphique, ce genre qui tire parti de la notoriété du sujet pour attiser les foules plutôt que toucher à l’humain.

Montreal, Canada 4 decembre 2017. Les Ballets Jazz de Montreal nouveau spectacle DANCE ME. Photo Thierry du Bois / Cosmos Image

Le spectacle se décline en cinq tableaux représentant tour à tour les grandes « saisons » de la vie telles qu’elles ont été imaginées, écrites et chantées par Cohen. L’amour et la sexualité étaient facilement discernables, voire trop, si l’on pense aux barres de pole dancingqui apparaissent dans plusieurs numéros. La mortalité ne l’était qu’à peine, difficilement ressentie dans les duos et les trios effrénés qui rarement ne laissaient la place à la fragilité de quelconque danseur de se déployer. Seule Cécile Cassone – facilement reconnaissable à sa chevelure pourpre, éclatante sous les feux de la scène – aura su danser sur le registre de l’authentique émotion, notamment dans un magnifique duo sur la pièce Suzanne.

Photo © Thierry du Bois- Cosmos Image. Interprètes Céline Cassone, Alexander Hille.

Il est décevant que la sentimentalité l’ait emporté sur la sensibilité dans cette élégie à l’œuvre monumentale de Leonard Cohen. Les BJM ont les droits exclusifs sur celle-ci pendant trois ans encore. Reste à espérer que d’autres compagnies, d’autres interprètes sauront faire par la danse ce que le Musée d’art contemporain a si brillamment fait dans le champ visuel : faire vibrer toutes les notes de la poésie de Cohen, de ses gouffres existentiels à son étincelante luminosité.

 

Auteure : Lara Bourdin

Image de garde : Photo © Thierry du Bois. Interprètes Tous les artistes.

Au Théâtre Maisonneuve jusqu’au 23 mars 2019

https://www.dansedanse.ca/fr/bjm-les-ballets-jazz-de-montreal-dance-me

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