La séduction en musique. Lemieux et Spinosi, Les Violons du Roy

La vingtième saison montréalaise de concerts de l’ensemble Les Violons du Roy a débuté le 30 septembre dernier à la Maison Symphonique. Pour célébrer cet anniversaire, un concert affichant deux invités prestigieux : la contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux et le chef français Jean-Christophe Spinosi. Dans le programme, des airs de Rossini et de Mozart, des symphonies issues d’opéras de Rossini et le mouvement final de la symphonie n° 82 en do majeur de Haydn.

Ceux qui vont à un concert proposant un répertoire canonique exécuté par des artistes confirmés s’attendent déjà, bien évidemment, à un bon spectacle. Une belle voix accompagnée d’excellents musiciens est la formule parfaite pour une belle soirée musicale. Toutefois, il n’est pas facile, il faut le dire, d’apporter des éléments de surprise, un peu de fraicheur à des œuvres présentées si souvent. Cette soirée risquait donc, on pourrait le dire, d’être un peu tiède. Ce n’est pourtant pas du tout de la tiédeur que l’on nous a offerte à la Maison Symphonique cette semaine. Au contraire, au public bienheureux de ce concert, on a apporté un souffle de jeunesse et de nouveauté qui nous a fait redécouvrir les charmes de ce répertoire.

Lemieux et Spinosi dominent les techniques de leurs métiers, cela va sans dire, mais, en plus, ils sont porteurs d’une énergie contagieuse. Sans négliger aucunement la qualité musicale des exécutions, ils ont fait rire, ont joué avec le public et ont même dansé sur la scène ! En voyons deux exemples frappants. D’abord, Spinosi dans le mouvement final de la symphonie n° 82 de Haydn, où il conduit délibérément le public à applaudir au mauvais moment, avant que la pièce ne soit terminée. Après un premier moment d’applaudissements mal placés, un jeu s’est instauré entre chef et public, Spinosi essayant à plusieurs reprises de piéger à nouveau les présents. Deuxième exemple, Lemieux chantait la dernière pièce prévue dans le programme, le célébrissime « Una voce poco fa », air de Il Barbiere di Siviglia, quand un téléphone cellulaire a sonné. Loin d’être dérangée, Lemieux utilise théâtralement cette nuisance, l’associant à la fameuse phrase de l’air, « ma se mi toccano / qua nel mio debole, / sarò una vipera » [mais si l’on s’en prend / à mon point faible, / je serai une vipère]. Des rires dans le théâtre.

De la séduction en musique. Voilà ce que nous avons vu à la Maison Symphonique pour cette ouverture de saison. Séduction dans les airs d’opéra, bien entendu – Isabella, qui se vante de bien savoir séduire les hommes dans L’Italiana in Algeri, ou Cherubino, qui chante ses maux d’amour dans Le Nozze di Figaro – mais aussi séduction de la part de Lemieux et Spinosi, qui ont su charmer le public montréalais.

Pour ceux qui n’ont pas pu assister à ce magnifique spectacle, il est quand même possible d’en avoir le goût en écoutant le plus récent enregistrement de Marie-Nicole Lemieux, Sì, Sì, Sì, Sì!, des airs d’opéra et des duos (avec Patrizia Ciofi) de Rossini, paru en mars 2017 chez Erato et disponible en CD ou sur Spotify.

Auteur : Diogo Rodrigues de Barros

Marie-Nicole Lemieux (soprano) et Jean-Christophe Spinosi (chef) avec Les Violons du Roy, 30 septembre 2017, Maison Symphonique de Montréal.

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