Tosca, une femme forte à Montréal

Quel avenir est réservé à l’amour face au despotisme? L’Opéra de Montréal s’est penché sur cette question lors de la représentation de Tosca le samedi 16 septembre 2017 à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts.

Composée par Giacomo Puccini, Tosca a vu le jour en 1900 et depuis, ne cesse d’émerveiller le monde avec la puissance musicale et dramatique de ses trois actes. Dès le lever de rideau, les spectateurs sont transportés à l’église Sant’Andrea della Valle à Rome, grâce au génie du metteur en scène argentin José Maria Condemi, qui a su recréer à la perfection la grandeur architecturale du temple.

Une courte et dynamique introduction de l’orchestre accompagne l’entrée sur scène du personnage de Cesare Angelotti, ancien Consul de la République de Rome (Patrick Mallette), et commence la trame de l’œuvre. Angelotti est un prisonnier politique qui vient de s’évader et qui cherche le déguisement que sa sœur, l’Attavanti, a caché dans l’église afin de l’aider à fuir. Sans remarquer sa présence, arrivent sur scène le peintre Mario Cavaradossi (Giancarlo Monsalve) et le sacristain (Valerian Ruminski). Cavaradossi, qui a reçu une commande pour peindre un tableau de Marie-Madeleine, reconnaît avoir pris comme modèle le visage d’une belle inconnue qui vient prier tous les jours, sans savoir qu’il s’agit de la sœur de Condemi. Cependant, sa convaincante interprétation de l’aria Recondita armonia fait comprendre aux spectateurs qu’il n’aime que la cantatrice Floria Tosca, car il avoue penser seulement à elle.

Une fois le sacristain parti, et reconnaissant un allié, le fugitif se présente au peintre. Sans hésiter, Cavaradossi décide de l’aider, mais leurs plans sont interrompus par l’arrivée de Tosca (Melody Moore-Wagner). Une scène d’intrigue politique devient vite une scène de crise amoureuse qui est jouée superbement par les deux artistes, car Tosca soupçonne le peintre, après l’avoir entendu chuchoter et après avoir reconnu les traits de l’Attavanti sur la toile. En réussissant à l’apaiser, Cavaradossi la convainc de partir, mais le destin finit toutefois par bouleverser les plans du peintre. Un coup de canon annonçant la découverte de la fuite du prisonnier le contraint à quitter les lieux avec Angelotti.

Giancarlo Monsalve (Cavaradossi) Melody Moore (Floria Tosca) ©Yves Renaud

 

À leur départ, la police arrive à l’église. Le chef de police, le tyrannique Scarpia (Gregory Dahl) cherche avidement le fugitif, et maintenant, Cavaradossi. Ils sont suivis incidemment par Tosca qui croit à tort que sont amant puisse être parti avec « une » autre, une idée fomentée par Scarpia, et qui se laisse emporter par la jalousie. Cependant, cette crise passionnelle, chantée à merveille par Moore-Wagner, lui sera fatale. L’interprétation terrifiante de Dahl de Tre sbirri, una carrozza et le Te Deum conclusif de l’acte font frissonner les spectateurs qui ont compris que Scarpia se résout à écraser son rival.

Le deuxième acte, qui se déroule entièrement dans le monde de Scarpia, est le plus brutal des trois. Une fois Cavaradossi capturé, des moments intenses de torture physique et psychologique s’enchaînent. Puccine et son librettiste semblent avoir voulu épargner au public l’aspect visuel de la torture de Cavaradossi en ne faisant entendre que sa voix. Mais ceci n’est qu’une ruse, car cela laisse habilement notre imagination construire la scène, comme dans un film d’Alfred Hitchcock.

La torture psychologique de Tosca est tout aussi terrible et a lieu à deux reprises. D’abord, lorsque Scarpia lui fait entendre les cris de son amant afin qu’elle dévoile l’endroit où se cache Angelotti, et ensuite, lorsqu’il essaye d’obtenir qu’elle se donne à lui afin de sauver la vie de Cavaradossi. Ces moments valent une acclamation particulière à Dahl et à Moore-Wagner, qui ont su véritablement incarner leurs rôles respectifs. Dahl joue à la perfection le diabolique Scarpia et l’interprétation de Moore-Wagner de Vissi d’arte amène des larmes aux yeux.

Cependant, cet acte n’impressionne pas seulement le public à cause de la violence, mais aussi parce qu’il permet de saisir la force que peut avoir un amour comme celui de Tosca. En effet, la magnifique interprétation de Moore-Wagner nous fait enfin connaître la femme forte qu’est Tosca, une femme prête à tout, même de meurtre, afin de protéger son amour. Nous assistons finalement à la confrontation de l’amour avec le pouvoir tyrannique.

Lors de l’ouverture du troisième acte, l’orchestre prend en charge l’atmosphère de la scène. Dirigés magistralement par le chef d’orchestre italien, Giuseppe Grazioli, les instruments ont accompagné les spectateurs tout au long de l’œuvre de façon remarquable. Cependant, c’est surtout dans cet acte qu’ils nous font ressentir leur présence. En effet, l’absence d’une pièce d’ouverture orchestrale au premier acte, typique des œuvres de Wagner, de Mozart ou de Bizet, est maintenant bien compensée. La mélodie qu’ils jouent nous berce et semble vouloir nous mener loin de la violence des scènes antérieures.

Giancarlo Monsalve (Cavaradossi) Melody Moore (Floria Tosca) ©Yves Renaud

Comme attendu, la conclusion de la pièce est tragique. L’aria de Caravadossi, E lucevan le stelle, chantée en puissance par Monsalve, émeut et ne fait qu’anticiper le dénouement funeste de la pièce. Cependant, le cœur du public est surtout fendu par le contraste qui surgi entre la croyance naïve de Tosca que son amant sera sauvé, et sa terrible réalisation que Scarpia l’a trahie de manière posthume. Lors de la mort du peintre, la tristesse de la diva devient palpable et son suicide, inévitable.

Le jeu de lumière qui se produit sur scène ainsi que la dernière image laissée aux spectateurs de deux policiers qui observemt les cadavres des amants ne font que contribuer au sentiment de désespoir que vivent les spectateurs, car ils sont laissés sans réponse à la question de savoir qui triomphe vraiment quand l’amour est confronté par le pouvoir.

Auteure : Andrea Saavedra

Image de garde : Melody Moore (Floria Tosca) Gregory Dahl (Scarpia) ©Yves Renaud.JPG

Les prochaines représentations à l’Opéra de Montréal seront le 19, le 21 et le 23 septembre 2017 à la salle Wilfrid-Pelletier, Place des Arts. Pour plus d’informations, veuillez visiter : http://www.operademontreal.com/programmation/tosca

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