Vol au dessus d’un nid de coucou au Théâtre du Rideau Vert

Introduit en 1962 par un roman de Ken Kesey, adapté l’année suivante sur les planches de Broadway par Dale Wasserman puis repris en 1975 sur grand écran dans une œuvre hypnotisante de Milos Forman raflant cinq oscars, le scénario de Vol au-dessus d’un nid de coucou, éloge de la différence et de la liberté, absorbe et fascine et capte aujourd’hui l’attention du public du théâtre du Rideau Vert dans une pièce mise en scène par Michel Monty.

Randle McMurphy, interprété par Mathieu Quesnel, est le nouveau résident d’un hôpital psychiatrique. Survolté, indomptable et accusé de viol sur mineure, on le soupçonne de feindre la folie pour échapper à la prison. C’est dans un environnement où aucun écart n’est toléré que McMurphy s’opposera à la rigide Miss Ratched, jouée par Julie Le Breton, infirmière en chef chargée de faire respecter l’ordre.

Julie Le Breton suggère la vulnérabilité et justifie le comportement calculé et rigide de l’infirmière. « Au fond, je crois que cette femme est très anxieuse, dit la comédienne. Elle a besoin de cette grosse carapace pour survivre. L’arrivée de McMurphy va creuser un gouffre en elle, au-delà de la lutte de pouvoir entre les deux, ce patient vient la chercher dans sa faille. » (Source : lapresse.ca, Boulanger, Luc, 21/03/2017) Bien que toute interprétation soit légitime, Miss Ratched est-elle simplement le portrait d’une femme? Ne fait-elle pas plutôt l’analogie d’une société castratrice dans laquelle chaque écart est punit, où la différence est une maladie, un handicap? L’absence d’explication, le caractère extrême et impénétrable ne font-ils pas toute la richesse et la puissance de ce personnage finalement peu humain?

Bien sûr notre duo n’est pas seul puisque quinze acteurs se partagent l’affiche. Parmi eux : huit patients que McMurphy entraîne bien vite à prendre conscience de la liberté qu’on leur refuse. Oscillant entre drame et humour, les multiples personnalités et leur complicité, bien que manquant peut-être de naturel, font sourire le public qui en aimerait plus. Le rôle le plus marquant n’est autre que celui du Chef Bromben, interprété avec authenticité par Jacques Newashish, la force tranquille d’origine autochtone qui se lie d’amitié avec notre héro et dont les chants traditionnels font voyager l’audience.

Crédit photo: François Laplante Delagrave

Si le contenu suscite trop peu d’émotions fortes et manque peut-être de justesse, le contenant fait quant à lui preuve d’ingéniosité. Les limites imposées par le huit clos contraignent la pièce à illustrer certaines scènes de manière véritablement astucieuse. On retiendra notamment un jeu d’ombres chinoises sur un rideau d’hôpital, un décor réaliste remarquable, des mises en lumières et des transitions très réussies.

Un défaut toutefois. Cœur et véritable fondement du récit, la tension entre les deux protagonistes principaux se veut palpable et envoûtante, elle est ici un rien fade et déséquilibrée. Entre un McMurphy qui en fait trop et une Miss Ratched qui en fait trop peu, l’audience se fait témoin d’un jeu un peu anesthésié et récité.

Auteure : Marine Agostini

 

Au Théâtre du Rideau Vert, Montréal (Canada) jusqu’au 23 avril

Crédit Photo: François Laplante Delagrave

Citation : http://www.lapresse.ca/arts/spectacles-et-theatre/theatre/201703/21/01-5080721-vol-au-dessus-dun-nid-de-coucou-eloge-de-la-folie.php

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