Dialogues des Carmélites. Lumières et ombres intérieures aux prises avec l’Histoire

L’opéra Dialogues des Carmélites est comme une longue réflexion intérieure, comme une méditation qu’on aurait au creux d’une nuit d’insomnie, quand les doutes, l’exaltation de la vie, la peur de la mort, nous assaillent.

La version présentée par l’Opéra de Montréal conserve l’exigence du thème et de la partition, tout en rendant le parcours de Blanche de la Force accessible, voire compréhensible, au public.

Une très belle chimie se crée en effet entre les personnages, principalement féminins, et leur mise en valeur par la mise en scène. La mort difficile de la prieure (interprétation saisissante de réalisme par la mezzo-soprano Mia Lennox) est le premier pas vers l’issue dramatique d’un épisode ayant réellement eu lieu en 1794, au cœur de la Terreur.

 

Dialogues des Carmélites. Crédit Yves Renaud

Dialogues des Carmélites. Crédit Yves Renaud

Les deux auteurs ayant participé à l’élaboration littéraire des Dialogues, d’abord Gertrud von Le Fort dans une nouvelle puis Georges Bernanos dans une pièce de théâtre, s’inspirent en effet de l’histoire des sœurs d’un couvent ayant été condamnées à la guillotine, une histoire qui nous est parvenue grâce au texte La Relation du Martyre des Seize Carmélites de Compiègne, de Mère Marie de l’Incarnation. Il est extrêmement poignant de retrouver ce personnage sévère mais juste (sous les traits de Aidan Ferguson) dans l’opéra, puisque c’est la seule qui échappe à la condamnation et grâce à qui nous possédons aujourd’hui le témoignage du choix du martyre par les sœurs.

L’opéra de Francis Poulenc accorde beaucoup de place au phrasé, le texte presque récité étant central, d’où l’impression d’absence de mélodie. Pourtant, la musique de Poulenc est comme un réseau textile (à l’instar des fils blancs du décor), parfois subtil, parfois, presque épique, qui supporte tous ces moments de discussions aidant Blanche à choisir pleinement le sens de sa destinée.

La mise en scène et les décors ont un rôle extrêmement important pour mettre en valeur une trame narrative aride et sérieuse. C’est ici parfaitement réussi. Les jeux de lumière multiples mais délicats suggèrent très bien l’ambiance de l’intérieur d’une église ou d’un cloître, où encore la lumière blafarde de la ville avant l’exécution publique. La dernière scène est particulièrement réussie et poignante, les lumières au sol et les faisceaux lumineux créant un effet à la fois dramatique mais aussi de rédemption et de pureté évidentes. Les seize carmélites condamnées à mort qui entament le magnifique chant Salve Regina sont éblouissantes, et la surprise du son de la guillotine est d’autant plus choquante, au fur et à mesure que chacune des condamnées disparaît dans l’obscurité.

Dialogues des Carmélites. Crédit Yves Renaud

Dialogues des Carmélites. Crédit Yves Renaud

Marie-Josée Lord est touchante en nouvelle Prieure entourée de ses « filles », les réconfortant, les préparant à accepter l’idée de la mort violente. L’enjouée Sœur Constance, auparavant si insouciante et aimant la vie, est une présence très belle grâce à l’interprétation très claire de Magali Simard-Galdès. Le duo qu’elle forme avec Blanche de la Force, rôle difficile interprétée par Marianne Fiset, représente bien l’ensemble des forces et des faiblesses qui habitent chacun. Quand l’une accepte la mort, l’autre la rejette, quand l’une fuit, l’autre avance. Jusqu’à la délivrance finale.

Un seul bémol dans cette soirée, les voix des interprètes sont parfois écrasées par l’orchestre. Mais dans l’ensemble cette version du Dialogues des Carmélites est parfaite, pour les habitués de la musique de Poulenc comme pour ceux qui découvriraient l’opéra pour la première fois.

Auteure : Raphaelle Occhietti

À voir encore le 2 et le 4 février 2017.

Place des Arts

http://www.operademontreal.com/programmation/dialogues-des-carmelites

Image de garde : crédit Yves Renaud

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