Attendre Godot…en bonne compagnie au TNM

En attendant Godot

 

Si vous voulez découvrir ou redécouvrir la pièce phare de Samuel Beckett En attendant Godot, il faut absolument que vous veniez au TNM : cette mise en scène du très prisé François Girard est l’immanquable réussite culturelle de cette saison.

 

Pareil à une île déserte, un cercle de sable avec pour toute végétation un arbre mort délimite l’espace où bougent les acteurs. Puis, surprise, au fur et à mesure que le rideau se lève, on découvre au plafond une réflexion inversée du décor. Même cercle de sable, même arbre, mais ici avec quelques feuilles, et pointant vers le bas. Rêve-t-on ? Il faut ciller des yeux pour être bien sûr que les deux décors sont réels. Du haut du tas de sable du plafond tombe comme dans un sablier un filet de sable qui remplit l’îlot du bas. Cette forme de sablier est épatante car elle suggère l’attente, thème principal de la pièce.

 

Qu’attendons-nous, ou plutôt qui attendons-nous ? Godot. Du moins c’est ce que disent Didi et Gogo, deux compères aux vêtements élimés et visiblement en marge de la société. Et c’est la question que se posent les spectateurs depuis la première mise en scène de la pièce en 1953 à Paris. Même si l’on devine rapidement que Godot n’arrivera jamais, c’est précisément cette attente qui captive les spectateurs d’hier et d’aujourd’hui.

 

Dans la première partie de la pièce où les deux amis nous font rire par leurs discussions absurdes, Benoît Brière se révèle vraiment un interprète de haut calibre pour le personnage de Gogo. Nous pouvons être fiers d’avoir au Québec un comédien de répertoire comique d’une telle versatilité. En Gogo, Brière est tout simplement un des grands acteurs du rire, osons dire comme Chaplin, Buster Keaton ou encore Louis de Funès. Et son duo avec Alexis Martin est parfait car il repose sur une très grande complicité.

 

La scène de l’arrivée de Pozzo, en propriétaire terrien tyrannique, avec son esclave Lucky, qu’on croit d’abord être un cheval, remplit parfaitement sa fonction : à la fois troublant, dérangeant, ennuyant, impressionnant. Pierre Lebeau est d’une présence massive et réussit à faire peur à Didi et Gogo comme aux spectateurs. La performance d’Emmanuel Schwartz en loque humaine atteint véritablement des sommets d’interprétation, à la limite du théâtre. Ses tremblements, sa peur, ses mouvements de corps, en font presque un personnage sorti d’un film de science-fiction ou d’horreur. Comme Didi et Gogo, c’est avec soulagement que nous voyons l’exploiteur et l’opprimé enfin quitter la scène. Didi et Gogo sont enfin seuls ! Mais … Godot ne viendra pas ce soir.

 

Le deuxième acte est comme une répétition du premier, nous attendons toujours Godot. Comme un écho à la vie, Didi et Gogo l’attendent pour donner un sens à leur vie. Leur attente d’un personnage qui paraît imaginé est irrationnelle, mais l’issue potentielle, c’est à dire l’arrivée de Godot, devrait être salvatrice. Pourtant, le doute s’installe, alors que la nuit tombe sur la deuxième journée. Faudra-t-il se pendre demain, pour faire cesser l’attente ?

 

En attendant Godot est une pièce au sens inépuisable, et chacun peut y trouver un écho à ses propres questions, car « on trouve toujours quelque chose, hein, Didi, pour nous donner l’impression d’exister? ».

 

Auteures : Andrea Saavedra et Raphaelle Occhietti

Image de garde : Olivier Chassé

Théâtre du Nouveau Monde, Montréal.

1er au 31 mars 2016

 

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