Lever de soleil de Strauss à l’OSM : un moment inoubliable

Le concerto pour piano n.5 en mi bémol majeur, op. 73 est interprété par l’OSM sous la direction du chef d’orchestre invité David Zinman avec Stephen Hough au piano. Ce célèbre concerto, un grand classique achevé en 1811, se laisse écouter avec un plaisir renouvelé. Le titre du concerto attribué par un éditeur exprime la force, le côté impérial de cette œuvre, et ne se réfère pas à Napoléon. Par rapport aux autres concertos de l’époque, la part d’improvisation réservée au pianiste soliste est limitée à une sélection de passages écrits. Il n’est pas laissé de place à l’improvisation. Sous la direction de David Zinman, l’OSM a interprété une version équilibrée, qui évite la pesanteur que l’on retrouve dans certains enregistrements. Stephen Hough, un tantinet désinvolte bien que très attentif, offre sans partition un jeu fluide, contrasté.

Le poème symphonique Also sprach Zarathustra (Ainsi parlait Zarathoustra) composé en 1896 par Richard Strauss, comprend neuf mouvements. Chaque mouvement exprime musicalement une situation de la quête philosophique développée par Nietzsche en 1884 dans son livre du même nom. En cette fin du 19e siècle, le philosophe ouvre une ère de réflexion philosophique sur le nouvel homme, sur l’humain libéré du conditionnement de la religion. Par le prophète Zarathoustra, il annonce le surhomme, seul capable d’affronter la nouvelle liberté, la solitude et l’éternel retour. Ce livre est à la fois un hymne à la plénitude de la connaissance et de l’amour et l’expression d’un déchirement profond. La musique de Strauss interprétée par l’OSM sous la direction de David Zinman nous communique ainsi le grandiose « Lever de soleil », connu du grand public par le film 2001 Odyssée de l’espace. Suit le mouvement sombre et inquiet de « Ceux des mondes de derrière ». La montée de l’espoir atteint des sommets grandioses dans les mouvements « De l’aspiration suprême » et « Des joies et des passions ». Le grave « Chant du tombeau » exprime ensuite l’abattement profond et la détresse de Nietzsche dans sa quête sans concession. « De la science » propose ensuite une musique construite, une fugue, suivie du mouvement « Convalescent ». « Le chant de la danse » prend la forme d’une vaste et complexe valse viennoise, aux thèmes multiples, qui fait allusion à Johan Strauss, le maître réputé des valses viennoises.

La fin du poème symphonique reste fidèle à l’esprit de Nietzsche. Le « Chant du somnambule » maintient l’auditoire dans une tension. Au lieu d’une partition faisant appel à l’ensemble de l’orchestre, à l’image de l’irrésistible « Lever du soleil », Strauss évoque plutôt une fin de soupir, par des accords limités aux flûtes et à quelques violons. Ainsi, paradoxalement, la tension extrême de la quête philosophique sans fin est exprimée par une musique dépouillée.

 

Concerto pour piano l’Empereur de Beethoven, et Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss, par l’OSM le mardi 14 janvier 2016.

 

Auteur : Serge Occhietti

image de garde : ©Photographie_Panatonic

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