Bianco su Bianco : la réalité racontée par touches de blanc

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Bianco su Bianco-Compagnie Finzi Pasca- © Alexandre Galliez

Il est de ces spectacles qui sont comme une secousse profonde. Bien sûr avec Daniele Finzi Pasca, nous savons que ce sera à chaque nouvelle création une révolution sensible. Bianco su Bianco est ainsi, il vous prend en pleine poitrine, vous traverse comme un courant électrique, et vous fait réaliser qu’il faut se ressaisir, qu’il faut mettre de la poésie dans sa vie, qu’il ne faut pas se laisser hébéter par l’inertie, qu’il faut construire son propre chemin de rêve dans la réalité. Mais pas juste de la poésie, pas juste de l’anticonformisme pour être différent. C’est bien plus intense. Et l’on sent toute la richesse de vie, tout le concentré de rencontres, toute la fine attention de Finzi Pasca pour le monde de son enfance, pour le quartier où il a grandi, pour ces petits détails de la vie quotidienne auxquels souvent on ne prête pas attention. L’histoire est-elle vraie ? Est-elle totalement inventée ? Peu importe, les interprètes Helena et Goos sont si vrais dans leurs personnages, nous racontent avec simplicité et beauté une histoire qui ébranle tant elle est simple, tant elle est universelle. Et alors il y a de la nostalgie. Dans ces histoires douces-amères que nous racontent surtout Helena, un fossé se crée : où sont passés ces quartiers vivants ? Où sont passée ces enfants qui jouent dans la mêlée, qui vivent leur enfance pleinement comme ces ragazzi des films de Cecilia Mangini ou de Pasolini ? Y a-t-il encore des quartiers à la fois vivants et bon enfant ? Ou sommes-nous condamnés à créer chacun dans l’intimité de notre foyer cet havre de tendre regard sur la vie ? Toutes ces questions, nous sommes bien sûr libres de les laisser affleurer ou non dans notre tête, à mesure que le spectacle illumine chaque recoin de notre mémoire pour nous faire retourner à ces douces sensations du présent magnifié de l’enfance.

Bianco su Bianco-Compagnia Finzi Pasca- © Alexandre Galliez

Bianco su Bianco-Compagnia Finzi Pasca- © Alexandre Galliez

Bianco su Bianco, une tendre histoire que nous raconte Helena, assistée de Goos, qui se révèle être son amoureux, qui prend le nom de Ruggero. La scène est illuminée, ou, pour faire comme Helena et Goos-Ruggero qui inventent des mots pour mieux saisir la réalité (amour-blanc-vide), la scène est illumisuperlamihyperluniuminée. Comme des lucioles qui scintillent jusqu’à l’épuisement, les 348 ampoules brillent de toute leur force ou s’éteignent, attrapées par Helena et Goos qui par un claquement de doigt font sauter les lumières jusque dans leur sac de papier. Chapeaux, guitare, souffleuse à vent et Goos le farceur sont autant d’éléments qui viennent gentiment entraver le récit que nous fait Helena sur ce Ruggero (incarné par Goos). A-t-on déjà parlé de la violence paternelle subie par un enfant avec tant de délicate retenue, avec une franchise désarmante, sans créer de pathos larmoyant qui nous éloignerait du témoignage de l’enfant ? Goos-Ruggero intervient par petites touches, pour préciser ses émotions, pour préciser une situation. Puis Helena nous raconte le deuil de Ruggero pour son père adoptif, ou le moment où son père adoptif l’adopte, après une partie de foot. À présent, plus d’un spectateur aura envie d’aller se déshabiller sous la pluie de l’orage, pour se laver de la colère, pour reconnaître et se pardonner ses erreurs. Puis la maladie d’Helena et toutes les ruses de Ruggero pour la distraire, révélant sur scène le talent de Goos, nous font penser à l’Écume des jours de Boris Vian. Au fil de ces trois moments de l’histoire

Bianco su Bianco-Compagnie Finzi Pasca- © Alexandre Galliez

Bianco su Bianco-Compagnie Finzi Pasca- © Alexandre Galliez

de leur vie, les mots d’Helena sont si vrais, lorsqu’elle nous parle de ces gens et de leurs commérages, de la méfiance des gens devant le bonheur des autres. Mais il fallait que toutes ces vérités nous soient montrées sans évocation directe, comme le fait ici la Compagnia Finzi Pasca. Les mots et les vérités sur les gens peuvent parfois nous brûler, mais heureusement la scène remplie d’ampoules de toutes sortes, suspendues, sur pied, brillantes, éteintes, scintillantes, s’illuminant par vague, par onde, par cadran selon les ordres de Goos-Ruggero, heureusement cette sublime mise en scène et la présence attachante de Goos et d’Helena viennent adoucir ces réalités, comme un baume sur nos petites fissures, comme le mentionnait Goos en début de spectacle. Quel plus bel hommage à tous ces gens « ébréchés » que ce spectacle ? Sans plainte ni pitié, Daniele Finzi Pasca et son équipe nous présentent non pas une échappatoire, mais un vrai chemin à suivre personnellement, car les pitreries, les plaisanteries, le faire-avec-des-détours-ce-que-les-gens-normaux-feraient-efficacement, tout ceci nous est si utile pour continuer notre chemin avec toujours un petit sourire sur le coin des lèvres, avec toujours cette beauté douce et blanche dans le regard que l’on porte sur notre petit monde.

Auteure : Raphaelle Occhietti

Image de garde : © Alexandre Galliez

 

Pour aller plus loin :

http://www.goosmeeuwsen.nl

http://finzipasca.com/fr/creations/biancosubianco/

Au Théâtre Outremont (Montréal, Canada) le 18 décembre 2015.

 

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