« Au sein des plus raides vertus » : dans les méandres de l’intime.

 

          Nous avons pu découvrir, pour la dernière représentation de l’année 2015 à l’Usine C, le travail de Catherine Gaudet, une artiste en résidence pour la saison 2015-2016. Cette jeune chorégraphe membre fondatrice de la compagnie Lorganisme, est déjà très appréciée et reconnue pour ses diverses créations au Québec comme en Europe. Toujours lié au corps, son travail tend à « relever les traces subtiles que laissent les humeurs du monde sur l’individu et la collectivité » en dévoilant « la beauté dans la faille et la contradiction ».

Sa chorégraphie, « Au sein des plus raides vertus » présentée à l’Usine C du 8 au 10 décembre nous plonge dans les méandres de l’intime pour nous confondre dans l’image de l’autre, de nous même, en rapport au corps d’autrui, à sa découverte et à ce que ce dernier peut nous apprendre sur nous-mêmes et sur cette matière qui nous rend physique : sur notre manière de l’appréhender. A travers cette création, C. Gaudet semble explorer les liens et les limites entre l’étreinte et l’affrontement au sein de l’intimité physique. Des gestes mécaniques, répétitifs, jouent du corps de l’autre en laissant planer dans l’entièreté de l’œuvre une profonde solitude des êtres.

 

Interprété par Danny Desjardins, Francis Ducharme, Caroline Gravel et Annik Hamel, les quatre danseurs sont présents sur la scène avant même l’entrée des spectateurs. Ces personnages vont évoluer dans un espace restreint, un carré de bois délimité par une installation lumineuse, qu’ils ne franchiront à aucun moment. Au sein de cet espace, les corps aux torses nus vont jouer, se battre, se frapper, se caresser afin de mieux se découvrir.

Si proches qu’ils semblent ne faire qu’un, les quatre corps se mettent en mouvement, avancent vers le public, comme mis en transe par la répétition d’une phrase d’un chant liturgique. Ils se touchent, ils jouent comme des enfants découvrant un autre corps, inconnu, qui rappel le leur. En toute naïveté, ils jouent à la sexualité. Tout en imitant des pauses, sous des postures dénuées de grâce, les corps apprennent à se connaître loin d’un idéal social fantasmé par l’image traditionnelle véhiculée, malgré l’esthétique du corps des danseurs. Le corps semble être montré dans toute sa vérité, pour lui-même et pour ce qu’il est à l’essence de son être. La découverte de l’autre nous est offerte en mêlant l’humour et la violence pour faire ressortir l’érotisme du corps qui l’incarne. La violence prends le pas sur le jeu, au sein même des caresses : une deuxième partie du spectacle apparaît.

 

Ce n’est plus la découverte de l’autre, mais bien la découverte de soi. Le regard de l’autre sur notre corps, l’envie de plaire, la soumission et le jeu de pouvoir, les expériences, le désir de connaissance de l’autre pour mieux se considérer soi-même, et l’ensemble des codes sociaux qui, loin de maîtriser les pulsions que le corps incarnent, les cache et attise leurs violences.

Jusqu’à la fin de la représentation, les corps et les esprits se promènent, explorent et se perdent dans les méandres de l’intime, ayant désormais des codes préconçus pour seuls repères. S’installe une systématisation des gestes, des paroles, du comportement, des postures.

« Qu’est-ce ça te fait quand je fais ça? »

On touche l’attirance et la violence, les limites du corps et de l’esprit, les jeux de pouvoir et l’échange des rôles, pour laisser place à un cri de douleur du plus profond de ces entrailles qui nous donne corps.

Tout se répète en inversant les rôles. La victime devient bourreau. Les mêmes mots. Les mêmes gestes. Les mêmes intentions. Tout recommence, se répète à nouveau.

 

Alternant des périodes où les corps s’entremêlent pour la simple beauté de leur présence, il s’installe ensuite une sexualité sans détour, jusqu’à la jouissance qui ramène, inlassablement au premier état de découverte, au rapport de pouvoir qui s’installe, et au cri de douleur intérieur qui s’y attache.

 

 

Durant la deuxième partie de la pièce, après s’être attardé à dévoiler le corps en pleine lumière, on y sculpte des ombres par des jeux de clairs-obscurs qui donnent une nouvelle dimension à ces corps présentés sur scène, les montrant comme des tableaux vivants sculptés par les postures des danseurs. La lumière vient ainsi renforcer la beauté des formes corporelles au-delà des gestes qu’ils proposent.

 

 

Finissant l’année sur ce questionnement inhérent à chaque artiste, comme à chaque individu, cherchant à apprivoiser son corps et la présence de l’autre, hors ou au sein de l’intimité physique, cherchant à connaître et à repousser les limites, l’Usine C débutera la prochaine année par une nouvelle création de Catherine Gaudet : La très excellente et lamentable tragédie de Romeo et Juliette. Cette création, construite en collaboration avec Jeremy Niel, mêlera théâtre et danse. Si vous n’avez pas eu la chance de pouvoir assister à la représentation de « Au sein des plus raides vertus », vous pouvez toujours vous rattraper en allant voir, entre le 13 et le 17 janvier, cette autre création de la même artiste.

Auteure : Louise Gros 

image de garde : © Louise Gros. Reproduction partielle ou totale, sur le web ou imprimée, interdite sans l’autorisation de l’artiste.

 

 

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