Le partage des eaux à l’Usine C : La dimension politique de l’art / L’art au service de l’éducation politique

Ce 21 novembre a eu lieu à l’Usine C, à Montréal, le tout premier Rendez-vous art et politique de la saison.

Fondamentalement impliqué autour de questionnements politiques au sens large, l’Usine C est un lieu de création et de diffusion créé par la compagnie Carbone 14 il y a tout juste 20 ans. A travers ses créations, qui repose majoritairement autour de questionnements et de pensées critiques, cette compagnie cherche à développer une nouvelle écriture scénique en repoussant les limites qui cloisonnent les arts. Elle exploite ainsi différents liens entre le texte, le film, la danse, la musique et le théâtre.

Tout en ayant à cœur de respecter l’histoire du lieu qu’elle occupe aujourd’hui, la compagnie à transformé le bâtiment de cette usine du sud de Montréal afin de la convertir en un lieu propice à la recherche et à la création. En soutenant des projets interdisciplinaires, d’artistes confirmés ou de la relève, qui questionnent l’organisation sociale ou politique, l’Usine C est devenue un espace important de la création et de la diffusion de la recherche contemporaine montréalaise.

Usine C_RDV Art et politique

Usine C_RDV Art et politique

Depuis maintenant deux ans, l’Usine C organise des rencontres Art et Politique en liens avec ses créations. Ce rendez-vous autour de la pièce Le partage des eaux s’est fait autour de la relation entre environnement et économie. Plus précisément, une conférence traitant de l’abandon de la gestion de la Région des Lacs Expérimentaux (RLE) – plus grand site mondial de recherche scientifique autour de l’eau – par l’état canadien sous le gouvernement Harper, introduit la journée. Cette problématique étant le sujet principal de la pièce, elle fut la toile de fond de l’ensemble des discussions qui suivirent.

 

L’envie principale fut d’organiser un débat pour une découverte basée autour de l’écoute de points de vue opposés ou en désaccord, afin de réfléchir sur un avenir commun. Ainsi, les deux premiers invités (Pierre Desrochers et Eve-Lyne Couturier) exposaient d’une part la thèse selon laquelle le problème environnemental n’est pas la cause d’une mauvaise organisation économique mais politique : avec ou sans l’humain, le climat terrestre est variable, la présence du marché économique permet de s’enrichir et de permettre de s’adapter à ces changements. L’autre thèse exprimait l’idée selon laquelle la dépossession des territoires par les marchés et la limite des ressources impose des méthodes qui causent des dommages irréversible pour l’environnement et doivent être cessées au plus vite. Dans un lieu comme l’Usine C, c’est sans surprise que la majorité des spectateurs furent plus en accord avec la seconde thèse. Le respect de la parole fut cependant agréablement respecté.

Les deux intervenants suivants (Corinne Gendron et Yves-Marie Abraham) semblaient plus en accord. Le lien entre la structure économique actuelle et l’état de la planète ne fut en aucun cas mis en cause, mais discuté. Autour de l’idée de décroissance, chacun exprimait l’envie d’une réorganisation totale et nécessaire afin de répondre à ce problème écologique sans précédent. Liant l’organisation sociale, écologique et économique, Y.M. Abraham s’est appuyé sur une citation de C. Bukowsky : « Comment diable un homme peut-il se réjouir d’être réveillé à 6h30 du matin par une alarme, bondir hors de son lit, avaler sans plaisir une tartine, chier, pisser, se brosser les dents et les cheveux, se débattre dans le trafic pour trouver une place, où essentiellement il produit du fric pour quelqu’un d’autre, qui en plus lui demande d’être reconnaissant pour cette opportunité ? ». Il a ainsi exprimé son sentiment, que le système économique actuel rend l’illusion du choix par le choix de marchandise mais enferme par l’obligation d’obtenir cette marchandise, et donc de l’argent, donc de travail salarié. Sa solution serait de produire moins, de partager plus (puisque qu’il y aurait moins de production), et de sortir de cette idée d’association entre travail et rémunération. Les moyens d’existences ne peuvent être une appropriation, ni privée ni publique, mais doivent devenir un commun.

Partage des eaux @ Usine C

Partage des eaux @ Usine C

Pour conclure cette journée de réflexion, l’ensemble des spectateurs s’est installé dans la salle de représentation. Sur scène, une goutte d’eau tombe inlassablement dans une baignoire.

L’histoire qui nous est offerte retrace le parcours d’une citoyenne qui découvre la probable absence de ressource d’eau potable pour l’avenir et décide d’en écrire une pièce de théâtre. La mise en abîme se crée : le spectateur n’est alors plus seulement spectateur de la pièce, mais devient également spectateur de la recherche de documentation de l’auteure. L’ensemble de sa famille va être embarqué dans le débat autour de la fermeture de la RLE, et se confronter ainsi à divers personnages extérieurs : militants, politiques, médiatiques, etc. Le spectateur va ainsi suivre l’ensemble du déroulement de cette polémique.

L’auteure, Annabel Soutar, continue à travers cette pièce la recherche autour d’un type d’écriture qu’elle nomme « théâtre documentaire », qui se rapproche du principe d’éducation populaire. Cette approche documentaire du théâtre qu’elle exploite depuis maintenant 20 ans lui permet d’utiliser la scène des théâtres dans un but d’éducation et de dénonciation, tout en y intégrant une argumentation raisonnable. L’écriture est alors rythmé par de nombreuses références au réel.

 

Grâce à son aspect documentaire, cette création nous permet de mieux comprendre et de cerner la polémique autour de la fermeture de la RLE. L’aspect éducatif est parfaitement réussi, et il s’agit d’une excellente introduction permettant à chaque spectateur de s’approprier le sujet. Dans ce sens, il est dommage que la pièce n’ait pas été en introduction à cette journée de réflexion, cela aurait permis d’approfondir ensemble les questionnements qui ont été à l’ordre du jour de cet événement. Cependant, l’échange et la diversité des propos ont permis, comme le souhaitait l’auteure, d’avoir pour chaque participant une perspective nouvelle et nuancée, plus loin que son confort habituel de pensée nourrit par sa propre conviction politique.

 

 Auteure : Louise Gros

Image de garde : @ Mathilde Corbeil

 

Pour en savoir plus :

http://usine-c.com/rdvartetpolitique_brunch-comment-penser-lavenir-en-partage/

http://www.actualites.uqam.ca/2015/deux-uqamiennes-lancent-la-premiere-edition-des-rendez-vous-art-et-politique

https://www.facebook.com/rdv.art.et.politique.usinec

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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