Chopin comme vous ne l’avez jamais rêvé, vu et entendu : Rafał Blechacz à la Maison Symphonique de Montréal

7 octobre 2015

Maison Symphonique de Montréal

Orchestre Symphonique de Montréal (OSM)

 

Performance-phare de la soirée, l’interprétation de Chopin par Rafał Blechacz était une expérience à vous laissez bouche bée. Rafał Blechacz a 30 ans. À 20 ans il gagne la médaille d’or et tous les prix d’interprétation au Concours international de piano « Frédéric Chopin » (le deuxième prix n’est même pas attribué tant sa performance dépasse de loin celle des autres concurrents). En 10 ans, de 2005 à 2015, sa carrière s’illustre par sa cohérence et son excellence. Que vous soyez passionné de piano ou non, la maîtrise technique qui donne à ce si jeune homme la possibilité d’élever l’interprétation à sa plus haute expression ne peut que vous ébahir et vous inspirer.

L’OSM présentait le Concerto pour piano n.2, op.21 (dite en fa mineur) de Chopin, en réalité non pas le deuxième mais le premier concerto de Chopin, qu’il crée et représente à Vienne le 17 mars 1830. Il a tout juste 20 ans. Voir Rafał Blechacz, lui-même polonais, réussir avec un tel brio l’interprétation du Concerto pour piano en fa mineur donne presque des frissons tant on peut s’imaginer revivre ce que les spectateurs du jeune Chopin avaient eux-mêmes ressenti devant l’incarnation du génie musical. Le concerto de Chopin commence par l’exposition des thèmes musicaux joués par l’orchestre, déjà faits d’un langage pur et étonnant. Puis, le piano fait son entrée.

Dès la première note, dès le premier moment où les doigts de Blechacz touche le clavier, c’est le choc : Blechacz capte entièrement le regard et l’ouïe des spectateurs, qui sont comme suspendus à ses mains. Ses mains. A-t-on déjà vu telle légèreté, telle union entre le son et le mouvement ? Le concerto est divisé en trois mouvement, le Maestoso, le Larghetto et l’Allegro vivace. Dans le Maestoso, c’est à peine si vous ne vous envolez pas de votre siège tant votre attention est capturée par ce piano qui, avant de laisser de nouveau place à la partie orchestrale, semble se fusionner avec l’orchestre. Dans le Larghetto, le piano fait sa première incursion en tons graves, et l’orchestre l’accompagne par un accent inquiet. L’Allegro vivace donne une belle place aux clarinettes, aux cors et aux trompettes. Contrairement au premier mouvement, Chopin joue sur un effet de surprise magnifiquement relayé par Blechacz car au moment où orchestre et piano fusionnent en nous laissant croire que la place sera donnée à l’orchestre seul, le piano reprend subitement le fil et s’impose à nouveau dans toute sa splendeur.

La soirée était complétée par la première mondiale du Cor et âme du compositeur Denis Gougeon, qui donnait une place d’honneur au cor, cet instrument dont il est si difficile d’en tirer un son parfait (performanc par John Zirbel). La pièce aux accents fantastiques jouait entre autres sur la réponse des cors au cor principal, sur l’effet des trompettes et sur l’animation donnée par plusieurs xylophones. Tout l’orchestre était mis à l’honneur, harpe et tuba inclus. Puis, la Symphonie n.4 en ré mineur, op.120 de Robert Schubert, qui débutait en force avant de laisser aux cors la possibilité d’exprimer le doute alors que les altos et les violoncelles reprennent et intensifient cette émotion. La grosse caisse est habilement alliée aux trompettes et les violons s’activent pour donner une force encore plus imposante. Dans le deuxième mouvement, le solo du premier violon est délicatement suivi par les cors qui arrondissent sa plainte.

Nous vous conseillons vivement de vous procurer l’enregistrement du Concerto pour piano en fa mineur par Blechacz si vous n’avez pas pu assister à cette soirée exceptionnelle. Mais être présent en personne à la Maison Symphonique de Montréal est une expérience unique où l’acoustique parfaite vous entraîne dans un univers dont on soupçonne difficilement l’existence et la portée avant d’en avoir fait soi-même l’expérience.

 

Présenté à la Maison Symphonique de Montréal le 7 et 8 octobre 2015.

Image de garde : @Marco Borggreve

Pour aller plus loin :

 

http://www.blechacz.net

Sur le site http://www.deutschegrammophon.com l’enregistrement de Blechacz : http://goo.gl/xnzUIE

La programmation de l’OSM : http://www.osm.ca/fr/calendrier

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