Les écrivains et l’opéra dans le cadre du Festival International de la Littérature

Montréal, 30 septembre 2015

Quel bonheur que ce concert-causerie, moment d’émotion et d’intelligence unies pour le plus grand plaisir du spectateur ! Car l’échange entre Pierre Vachon, musicologue, et Pierre Lepape, écrivain, avait de quoi ravir toute oreille friande de culture, de littérature, d’histoire. Le public du concert-causerie est assurément sorti de la Place des arts en flottant dans un nuage fait d’airs d’opéra, d’humour et d’anecdotes charmantes.

C’est en effet un formidable concept que ce concert-causerie. Deux passionnés nous communiquent leur savoir, leurs préférences, et ce avec humour et esprit. Puis, afin d’illustrer musicalement leur propos, les chanteurs de l’Atelier Lyrique font vivre devant nous parmi les plus beaux airs de l’opéra. L’accompagnement au piano par Maxime Dubé-Malenfant est absolument délicieux et crée un doux effet d’intimité. La proximité des chanteurs avec le public nous fait presque regretter de ne pas pouvoir, tous les soirs dans notre salon, profiter de la compagnie d’un chanteur. L’opéra en soi est bien-sûr un moment extraordinaire, de grand spectacle émouvant. Masi la proximité créée dans ce concert-causerie est absolument unique et délectable.

Avoir invité cette figure de la littérature française qu’est Pierre Lepape est une idée merveilleuse et Pierre Vachon a su avec humour et intérêt guider leurs échanges. Au programme, un commentaire lucide sur neuf auteurs et leurs œuvres ayant inspiré des livrets d’opéra : Beaumarchais, Goethe, Hugo, Loti, Mérimée, Métastase, Pouchkine, Shakespeare et Sondheim. En décrivant leur place respective dans les courants littéraires, en retraçant la conception de leur œuvre, roman ou pièce de théâtre, on apprécie d’autant plus la genèse des opéras et leur apport particulier à une histoire préexistante. Après le premier air récité tiré des Noces de Figaro de Mozart (duo entre la lumineuse Cécile Muhire et l’allègre Geoffroy Salvas), dont le livret est inspiré du Mariage de Figaro de Beaumarchais, Pierre Vachon demandait avec espièglerie à son confrère littéraire : « Le texte d’origine est-il vraiment meilleur que l’opéra ? », et Pierre Lepape de concéder : « La musique est sublime et va au-delà du texte littéraire ». D’ailleurs, Pierre Lepape nous rapportait une anecdote fort drôle, selon laquelle Victor Hugo, en sortant de la représentation de Rigoletto de Verdi, inspirée de sa pièce Le roi s’amuse, aurait accordé qu’en effet à l’opéra, quatre personnes pouvaient chanter ensemble et que l’on comprenait tout, alors qu’au théâtre, si quatre personnes parlaient ensemble on ne comprendrait rien ! Le quatuor « Bella figlia dell’amore » tiré de Rigoletto était assurément un des moments forts de la soirée, qui a fait frissonner à l’unisson tous les spectateurs présents. D’un côté Rigoletto et sa fille (Josh Whelan – impressionnant baryton – et Cécile Muhire – magnifique révélation de la soirée), et de l’autre le duc de Mantoue et sa nouvelle conquête (Pasquale d’Alessio et Alexandra Beley – formant plusieurs fois un couple dont le jeu complice a enchanté les spectateurs).

Mais le concert-causerie n’était bien sûr pas une compétition entre texte et musique. Au contraire, ce qui ressortait très clairement de ces allers-retours d’inspirations entre les écrivains (auteurs et librettistes) et les compositeurs était à quel point la littérature et l’opéra ne connaissent pas de frontière. Beaumarchais – un Français – inspire le librettiste Da Ponte – un italien – pour un opéra créé par Mozart – un autrichien. Goethe avec son roman Les souffrances du jeune Werther lance le courant romantique et le retour à la langue allemande, et son œuvre est adoptée par Massenet dans un opéra en français qui relance le goût du romantisme cent ans après Goethe. Comme le rappelait Pierre Lepape, Nabokov disait des œuvres de Pouchkine qu’elles étaient l’encyclopédie de la vie russe, ce qui explique que Pouchkine nous touche encore aujourd’hui. Et par la musique de Tchaïkovski, point n’était besoin de comprendre le russe pour vivre intensément l’ « Air de Lensky » interprété par Pasquale d’Alessio. C’est cette combinaison de thèmes éternels avec une musique qui touche sans frontière de langue qui fait de l’opéra un moment de grâce de l’humanité.

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