Casse-noisette à Vienne

Clara et son Casse-noisette

Clara et son Casse-noisette

Le ballet Casse-noisette est bien-sûr l’un des événements culturels les plus incontournables de la période de Noël, pour les enfants comme pour les adultes. Représenté à Montréal, Rome ou Vienne, son histoire féérique, ses personnages attachants et surtout sa musique impérissable en font l’un des spectacles à voir et à revoir à tout moment de sa vie.

La musique de Tchaïkovski habite notre imaginaire collectif, que l’on ait entendu ses airs joyeux dans une publicité à la télévision ou que l’on connaisse la magnifique version visuelle donnée par Fantasia (1940) de Walt Disney. Et c’est un véritable bonheur que de voir onduler l’orchestre du Wiener Staatsoper  (l’Opéra d’État de Vienne), entre les violons unis et les hautbois qui répondent aux flûtes lors de la Danse de la Fée Dragée par exemple.

Mais qu’est-ce qui rend le Casse-noisette si fascinant, si éternellement envoûtant ? L’histoire d’abord : c’est Noël, une riche famille allemande et les nombreux invités s’apprêtent à fêter joyeusement autour du grand sapin dans le salon. Dans la mise en scène du Wiener Staatsoper, nous passons de la rue enneigée où s’affairent joueur d’orgue de barbarie et enfants chahuteurs qui se lancent des boules de neige jusqu’au somptueux salon de réception où règne une ambiance festive. L’atmosphère nous intègre entièrement : nous sommes dans ce salon, tour à tour enfants riant et faisant des rondes, ou public ébahit devant les automates du mystérieux oncle boitant, Drosselmeyer.

Clara est une adolescente et à la différence de sa sœur aînée et de son frère cadet, elle se fascine pour un casse-noisette que lui donne Drosselmeyer. La poupée-soldat est d’ailleurs vite brisée par Fritz, le petit frère plus intéressé par les tambours et la marche militaire que par la nouvelle poupée de sa sœur. Clara est déjà seule dans son propre univers et ses propres émotions qu’elle se construit entre le monde des adultes et les vestiges de son enfance.

À minuit, tout commence. Un à un, d’affreux rats couvrent le sol du salon et grouillent devant le sapin. C’est une des parties impeccables de cette version viennoise. Clara, descendue au salon pour prendre son jouet casse-noisette, se retrouve prise au piège et confrontée à l’horrible roi des rats. Mais la poupée se transforme en un vrai prince Casse-noisette, qui met sur pied l’armée des jouets pour terrasser l’armée des rats. La bataille est vite gagnée, et Clara pourra pénétrer dans le Royaume des Délices. Une scène inquiétante précède cette entrée et semble une particularité de la version de Vienne : Clara est entourée de personnages aux têtes énormes, comme prise par l’angoisse de tous les personnages de sa vie. C’est un parti pris fort original que choisit ici le Staatsoper, qui rompt avec la narration et le ton du reste du ballet. Dans une prochaine mise en scène le Staatsoper pourrait choisir de mieux exploiter cette interprétation très réussie de la charge psychologique de la musique. Le premier acte se clôt sur une merveilleuse Valse des Flocons, avec le chœur des enfants que l’on entend au loin, et une délicieuse harmonie au sein de l’orchestre et dans le corps de ballet même. Le Wiener Staatsoper fait tomber le rideau devant les yeux véritablement émerveillés du public.

Valse des flocons

Valse des flocons

La deuxième partie du ballet, parfaite techniquement, ne réussit toutefois pas à atteindre l’harmonie entre la danse et la musique qui émanait de la première partie. La ballerine Maria Yakovleva joue à merveille son rôle de jeune adolescente un peu perdue au milieu des bals des grands ou encore des hordes de souris. Mais sa danse devient plus rigide dans la seconde partie, comme s’il ne s’agissait que de représentation et non plus de nous communiquer les émotions de Clara. L’interprétation de Casse-noisette, qui est devenu le Prince, est confiée à l’impressionnant danseur Vladimir Shisov. Mais la carrure imposante de Shisov dessert largement le propos du ballet, qui veut qu’une jeune adolescente s’éprend d’un jeune prince. Trop robuste pour le frêle corps de Sarah, les pas de deux entre les danseurs manquent de souplesse et Clara-Yakovleva semble être une poupée automate que Shisov tourne et retourne de façon beaucoup trop mécanique. L’éveil à l’amour est peut-être le seul élément – primordial –  que le Staatsoper n’a pa su exploiter sur scène et avec ses danseurs. La version du ballet donnée par le théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg pourrait peut-être inspirer le metteur en scène.

La succession des scènes régionales est toujours un bonheur. Danse espagnole, arabe, russe et chinoise nous enivrent visuellement par les mélodies inoubliables. En particulier les couples de danseurs interprétant la danse russe communiquent à merveille toute l’énergie et la gaieté. Les trois danseurs chinois sont également délicieux et sympathiques. Malheureusement, la très attendue Valse des fleurs est un peu décevante. On retrouve la même rigidité que chez les danseurs principaux, et la mise en scène donne un ton par trop aristocratique. C’est un des plus beaux airs que Tchaïkovski ait créé, à la fois solennel grâce aux cors et enjoué par les petites vrilles des flûtes et des clarinettes, sensuel et enfantin grâce au jeu des violons. Dans cette musique, l’ensemble de l’histoire se dénoue, quelque part c’est la consécration du Royaume des Délices, mais c’est aussi l’adieu, l’élan vers la vie d’adulte, l’énergie d’une jeune vie qui s’ouvre à la sensualité et à l’amour, mais qui doit réintégrer le monde réel et non plus seulement dans les songes. Toute cette tension dramatique se retrouve dans la musique de la scène suivante, le pas de deux, qui devrait être l’apothéose des émotions sincères qui unissent Clara et le Casse-noisette; c’est l’aveu de l’amour et le serment qu’il sera éternel. L’interprétation musicale donnée par l’orchestre du Wiener Staastsoper doit absolument être soulignée, et le chef d’orchestre Paul Connelly félicité, car là réside la beauté de cette soirée, dans le jeu passionné et parfait, dans l’union des musiciens et des instruments, attachés avec passion à rendre pour le public le génie de Tchaïkovski.

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