Par delà les structures de Cirkopolis… l’évasion !

Après le Métropolis de Fritz Lang, le Monopolis de Starmania ou le Londres de George Orwell, c’est au tour de la troupe montréalaise du cirque Éloize de décliner avec brio l’opposition entre l’individualité refreinée au sein d’une mégastructure oppressante et son désir d’évasion poétique.

Avec Cirkopolis, le Cirque Éloize réussit avec brio à mêler les thèmes chers de ses dernières productions : la rêverie de Nebbia se transpose au sein de l’atmosphère urbaine démultipliée d’iD en un mélange remplie de subtilité, de puissance et rythmé comme jamais.

Cirkopolis, métropole sans fin, se profile en toile de fond, tandis que les douze interprètes s’enchainent de gris vêtus au rythme incessant de la musique techno. Le premier élan d’espoir provient d’Angelica Bongiovonni et de son numéro de roue Cyr, captivant l’auditoire. Elle tournoie, captée par la force centripète de son objet, et hypnotise les spectateurs par sa grâce.

Les couloirs de Cirkopolis font place aux tours chatouillant les nuages ; les numéros de jonglerie réussissent des compositions visuelles des plus saisissantes. Le numéro de trapèze à trois acrobates et le numéro de mat chinois semblent défier les lois de la gravité tandis que les athlètes repoussent sans cesse les limites du vide. Un numéro tout en douceur, où une robe posée sur un cintre sert d’amoureuse à un clown solitaire ; un numéro de roue allemande des plus puissantes où six hommes virevoltent avec justesse à travers l’espace scénique… C’est ça Cirkopolis,  une dualité saisissante entre force et grâce qui se marie délicieusement au sein des structures sorties de l’imagination des bandes dessinées de Peeters et de Schuiten.

Un des numéros les plus magiques est celui de la contorsionniste Myriam Deraiche, habillée d’une robe mauve en opposition avec le décor sombre l’entourant. Elle avance, portée délicatement par ses collègues, sans jamais poser pied à terre. Cette délicatesse tranche avec justesse par rapport à ce monde déshumanisé et froid que représente Cirkopolis. Une part de rêverie, faisant écho au numéro plus calme de la roue Cyr, une grâce foudroyante. Puis c’est l’envolée vers les sommets de la métropole.

Myriam Deraiche, Cirque Éloize, photographe : Valérie Remise

Myriam Deraiche, Cirque Éloize, photographe : Valérie Remise

Par delà les pointes, au dessus des structures oppressantes se trouve… un chapiteau ! Et les couleurs qui petit à petit se réveillent, apparaissent par tâche sur les artistes devenus clowns. Pour finalement exploser en une finale où seule la fête est maitresse.

Le Cirque Éloize exploite avec brio le thème de l’oppression que représentent les structures sur les individus. Le cirque devient l’exutoire et le véhicule d’expression des interprètes, et l’ensemble de la troupe délivre une solide performance prenant au ventre chacun des spectateurs.

Certes le cirque n’est pas un art parfait. Une quille tombe, un attrapé peut être quelque peu hasardeux. Mais cette sensation constante de plongeon dans le vide prend au plus profond des tripes des spectateurs, et contribue à dévoiler un spectacle unique en son genre. Le Cirque Éloize repousse à nouveau les limites avec Cirkopolis, un spectacle à voir absolument !

Cirkopolis, une oeuvre du Cirque Éloize, mis en scène par Dave St-Pierre et Jeannot Painchaud, présenté à la Place des Arts du 13 au 30 novembre 2013.

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