Falstaff ! Verdi à l’Opéra de Montréal

Afin de souligner le 200e anniversaire de naissance de Verdi (1813-2013!), l’Opéra de Montréal présente Falstaff, dernier opéra du très célèbre compositeur italien. C’est une célébration parfaitement réussie : chapeau de la rédaction à l’Opéra de Montréal !

L’histoire est empruntée à Shakespeare et l’aspect comique de l’intrigue rompt avec les livrets habituels des opéras connus de Verdi. Falstaff, lord Anglais bedonnant, vieillissant et bon vivant, se retrouve criblé de dettes et ne peut plus maintenir son train de vie actuel, composé de vin coulant à flot et de somptueux repas. Pour s’extirper de cette situation, il rédige la même lettre d’amour pour Alice et pour Meg, les femmes de riches notables de la ville, espérant les corrompre et regarnir sa bourse. Fidèle à sa paresse (ou à sa débrouillardise?), Falstaff ne change que le nom de la destinataire. Mais Alice et Meg ne sont pas dupes, et elles ont bien l’intention de retourner la situation à leur avantage…

De cette introduction simple découlent les thèmes d’un opéra original et divertissant. Point n’est place au tragique dans cette version de l’Opéra de Montréal. Bien sûr cette production montréalaise ne va pas aussi loin que la mise en scène de Herbert Wernicke en 2001, où le Falstaff incarné par le baryton basse jamaïcain Willard White est ostracisé et déchu, rappelant ainsi une autre pièce de Shakespeare, Othello. Mais le choix d’une mise en scène à l’humour bon vivant est réussi et le travail du metteur en scène David Gately est repris avec perfection par les interprètes. Falstaff est sublime de contentement : le baryton Oleg Bryjak a une merveilleuse présence sur scène et son duo avec Mrs. Quickly, rôle attribué à la québécoise Marie-Nicole Lemieux (excellente), est absolument parfait de jovialité et de coquinerie.

Lauren Segal & Aline Kutan & Gianna Corbisiero & Marie-Nicole Lemieux  © Yves Renaud

Lauren Segal & Aline Kutan & Gianna Corbisiero & Marie-Nicole Lemieux © Yves Renaud

La musique, mature, espiègle, donnant une merveilleuse présence à l’orchestre, souligne une composition d’un maestro au sommet de son art. Loin des airs caractéristiques de Verdi, les jeux de silence entre l’orchestre et les voix s’alternent avec brio, juxtaposant la dualité sonore aux jeux de miroirs scéniques. Mais outre les virtuosités techniques, on a plaisir à entendre Verdi jouer avec sa propre musique. Certains élans lyriques, certains débuts d’airs, certains emportements dramatiques renvoient le public à La Traviata, au Trovatore ou à Rigoletto. Mais Verdi s’amuse, faisant correspondre une musique épique à une bêtise dite par Falstaff, un air grandiloquent avec une scène ridicule. Cette autodérision reste toutefois de l’ordre du grand art. Ce n’est pas tant que Verdi redevient ‘’jeune’’ – il a 80 ans lorsqu’il compose cet opéra – mais c’est plutôt qu’il arrive à porter sur ses personnages et sur sa musique un regard à la fois tendre et amusé, ferme et ironique, à coup sûr fruit de ses expériences de vie et de travail.

À toute notre communauté de lecteurs, étudiants ou professionnels, scientifiques et artistes, Européens ou gens du Nouveau Monde : ne ratez pas ce spectacle ! Plus qu’un divertissement, Verdi, Shakespeare et l’Opéra de Montréal s’unissent pour vous offrir un mémorable chef-d’œuvre !

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