La Belle au bois dormant – Grands Ballets Canadiens – Mats Ek

La Belle au bois dormant….Perrault, Tchaïkovski, Disney et … Mats Ek ? Le ballet-danse contemporaine du chorégraphe suédois, créé en 1996, revisite le très célèbre conte de la belle Aurore. Mais plutôt que de se piquer délicatement et innocemment le doigt sur le fuseau d’un rouet, la nouvelle Aurore a reçu à sa naissance une malédiction d’un autre genre : elle se piquera, aidée de la sorcière-dealer, à la pointe d’une seringue pour toxicomane.

La première partie du ballet est menée avec talent. La danse expressive sert la narration, entièrement modernisée. Le roi et la reine laissent place à un sympathique jeune couple, qui ont probablement les plus beaux morceaux de danse de tout le ballet. Les joies et les malheurs de la paternité/maternité sont merveilleusement exprimés par les deux danseurs, dont la complicité et l’esprit bon enfant sont enchanteurs. Ce couple, profondément uni et positif, sera opposé au couple à la passion destructrice que seront Aurore et son dealer-sorcier.

Trouvaille particulière, le chorégraphe décuple les émotions de chacun des personnages en faisant envahir la scène par des sosies. L’attente insoutenable du père à la naissance de sa fille est relayée par tout un groupe de ‘futurs pères’, habillés exactement comme le ‘vrai’ père, sautant, tressaillant comme lui. Ce procédé est réutilisé avec brio tout au long du ballet.

La pauvre Aurore ne trouve malheureusement pas son compte-conte dans cette nouvelle version. Si la danseuse principale réussit le jeu d’une adolescente ‘rebelle’, son rôle ne lui permet pas d’accomplir le passage devant nous vers l’âge adulte. Les chorégraphies qui lui sont données ne lui permettent pas une véritable expression de sentiments ou, mais c’est inespéré avec cette version, un véritable passage vers la maturité.

Ce ballet enferme les personnages dans des stéréotypes malheureux, tant par la trame narrative que par la pauvreté des moments dansés. Celles qui en souffrent le plus sont les personnages féminins. Comme si la femme n’était condamnée qu’à tressauter lors de l’accouchement, qu’à chercher à séduire par des déhanchements grotesques. Le cumul de geste explicitement sexuels semble assez symptomatique des productions actuelles. Or, ce devrait être la danse à exprimer une sexualité crue ou une tendresse profonde, plutôt que de faire mimer aux personnages des actes de pénétration.

La deuxième partie du ballet vire au cabaret, en oblitérant complètement la danse. Les bonnes fées sont lamentables, malgré leur présence sympathique sur scène. Les costumes à la Batman sont également très mal choisis. Et puis le comble (j’omets l’épisode du poisson découpé devant nous, dont les restes envahissent le sol sur lequel les danseurs glissent), c’est ce prince qui arrive vraiment comme un cheveu sur la soupe. En fait aussi peu attachant qu’Aurore, le pauvre danseur doit crier sur scène et jouer la mise en abîme, au détriment de la narration. Agissant comme un wasp, costumé comme un homme d’affaire, il commet devant nous un meurtre par arme à feu. Exit la danse. On vire à la série américaine. Pourquoi Aurore lui tombe-t-elle dans les bras ? L’a-t-il vraiment sauvée ? Oui, il a tué le dragon-dealer, mais cette traque à l’homme sur scène était-elle nécessaire ?

Encore une fois, tous ces raccourcis dans la narration et dans les émotions auraient pu être évités par un vrai travail sur la chorégraphie. La première partie enchante, la deuxième déçoit. On peut suivre avec entrain le chorégraphe dans la plupart de ses innovations, mais en voulant pousser trop loin sa ‘modernité troublante’ comme dit le descriptif, le chorégraphe rate son ballet qui aurait pu véritablement résonner en nous avec une force plus profonde.

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Comments
One Response to “La Belle au bois dormant – Grands Ballets Canadiens – Mats Ek”
  1. Azar dit :

    100 % d’accord avec vous. Une adaptation qui se situe entre le spectacle burlesque voir vulgaire et la comédie musicale ratée. 15 minutes de ramassage de feuilles, une musique trop forte diffusée par des enceintes en haut du cadre de scène (!), un cuisinier qui tombe comme un cheveu sur la soupe, et des clichés pauvres et classiques (héroïne, terroriste, avortement…etc) Très décevant !

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