Les Visiteurs de Menotti, par l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Montréal

Les Visiteurs: The old Maid & the Thief, et Amahl & the night Visitors, de Gian Carlo Menotti, par l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, en collaboration avec l’École nationale de théâtre du Canada et le Monument-National. Représentation du 13 avril 2012, au Monument National.

Sous le thème Les Visiteurs, les jeunes artistes de l’École nationale de théâtre présentent deux productions de Gian Carlo Menotti (1911-2007), un compositeur éclectique d’origine italienne et installé aux États-Unis à partir de 1928.  le spectacle comprend deux mini-opéras chantés en anglais.

The Old Maid & the Thief

Initialement, c’est une émission de radio, créée en 1939, qui sera par la suite jouée sur scène. Le thème est une histoire assez cocasse basée sur un quiproquo. Deux femmes, une bourgeoise fauchée d’âge mûr, Miss Todd, et sa jeune femme de chambre, Laetitia, offrent l’hospitalité pour une nuit à Bob, un mendiant bohème. A partir de la rumeur rapportée par une commère, Miss Pinkerton, les deux femmes esseulées sont alors persuadées d’accueillir un évadé de prison errant dans la ville. Miss Todd, avec la complicité de Laetitia, s’organise pour que Bob ne sorte pas de sa chambre. Mais en plus de cela, la respectable vieille fille, paragon de vertu et convaincue qu’elle est aimée, vole de l’argent en plusieurs endroits de la ville et va même dévaliser un magasin d’alcools pour donner au jeune homme. La rumeur du dangereux voleur opérant en ville est ainsi entretenue et colportée par la commère. S’enchaînent des scènes de vaudeville autour de deux femmes énamourées cherchant à conquérir Bob (le mini-opéra est nettement antérieur au féminisme…). L’alcool précipite le dénouement et Laetitia emmène son jeune errant dans la voiture de sa patronne, non sans avoir tous deux prélevé les bijoux et valeurs, puisque de toutes façons l’innocent serait accusé du vol perpétré par… le supposé évadé.

La mise en scène, par Martine Beaulne, est parfaite : le narrateur de la radio dans une cabine  dominant la scène, la scène composée de deux éléments mobiles et de sièges sur le côté (où s’assoient les machinistes) et au premier plan, à gauche le bruiteur, à droite la pianiste (Jennifer Szeto). Le style musical, mi-bel canto (chaque personnage a droit au moins à un solo qui suscite les applaudissements), mi-musique du XXe siècle très collée aux situations (du tragi-comique au rag-time), reste agréable. L’esthétique réussie des costumes féminins, jupes longues de style rétro, ajoute une touche légère.

Par la qualité de leur jeu, les chanteurs et acteurs montrent l’excellence professionnelle de la relève. Rachèle Tremblay (miss Todd) et Florie Valiquette (Laetitia) assument avec brio leur rôle. J’ai trouvé (c’est personnel) que le jeu de Bob, évidemment plus effacé, aurait pu être plus inspiré. Une mention spéciale pour Karine Boucher qui joue miss Pinkerton avec entrain.

The old Maid & the Thief reste un bijou musical et de mise en scène, où le burlesque et la vie de tous les jours deviennent une source de création. Je recommande en particulier la scène où Laetitia, au sol, chante le désespoir du temps qui passe, et celle où Bob exprime les joies et les douleurs de l’errant.

The old Maid & the Thief

The old Maid & the Thief (c) Opéra de Montréal

Amahl & the night Visitors

Initialement, l’oeuvre est créée dans les studios de télévision NBC en décembre 1951. Il s’agit d’un conte de Noël émouvant.

Amahl est un enfant handicapé avec béquilles. Avec son regard d’enfant sur le monde, il se crée un univers merveilleux bien que fondé sur le réel. La vue d’un étoile « grosse comme une fenêtre » le ravit. Sa mère, épuisée, dénuée de tout, anxieuse d’avoir à contraindre son fils à la mendicité refuse de regarder, de l’écouter et se fâche. L’arrivée successive de trois personnages merveilleux, sur le seuil de la porte de l’humble logis, devant l’enfant et hors de vue de la mère, renforce la colère de cette dernière. Finalement, face à la réalité, la mère offre l’hospitalité aux trois Rois mages qui suivent une étoile pour rejoindre un nouveau né annonciateur de temps nouveaux. Au cours de la nuit, la mère prend une pièce d’or dans le coffre de l’un des rois. Surprise et accusée, l’enfant intervient, la mère est pardonnée et peut garder l’or, tandis qu’Amahl offre de donner son seul bien, ses béquilles, à l’enfant démuni que vont rejoindre les rois mages. Bien sûr, c’est Noël annoncé, le temps des miracles.

La mise en scène, ultra-simpliste, crée le contraste entre le dénuement extrême et la magnificence des Rois mages. Chaque personnage est mis en valeur quand vient son tour.

Bien que les personnages soient conventionnels dans un scénario mélodramatique typique de Noël, les jeunes acteurs donnent vie à l’histoire et émeuvent le public. Les costumes de dénuement ou de merveilleux rehaussent la mise en scène. La musique, accessible, accompagne et enrichit l’histoire. La partition de piano pendant la nuit, en apparence très simple, est particulièrement expressive.

Amahl & the night Visitors offre le message d’espérance et de beauté que l’on attend d’un conte de Noël.

Amahl and the night Visitors (c) Opéra de Montréal

Amahl and the night Visitors (c) Opéra de Montréal

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :