Brahms interprété par des jeunes et des pros, un mariage sans anicroche

C’est à l’intérieur d’une ancienne église remodelée que le concert Aimez-vous Brahms? a pris place le 6 février dernier. La nef reconvertie en scène est parfaitement adaptée pour la projection et la réverbération du son. Seuls rappels iconographiques religieux, les magnifiques vitraux d’origine cloisonnent l’espace musical offert aux musiciens. Depuis sa rénovation, la salle Bourgie appartient maintenant au Musée des Beaux Arts de Montréal et est dirigée par la Fondation Arte Musica qui y tient plus de 70 concerts par an organisés en plusieurs séries.

À l’honneur, trois oeuvres des compositeurs Brahms et Dvořák jouées dans le cadre de la série Jeunes et Pros. Quoi de plus adéquat que le choix de ces deux contemporains considérant l’influence toute particulière qu’ils ont eu sur la carrière l’un de l’autre. En effet, Brahms ayant reconnu le talent du jeune Dvořák lors d’un concours au profit de nouveaux compositeurs, a grandement facilité l’ascension de ce dernier au statut de compositeur de renom international. Selon Brahms, Dvořák possédait le talent nécessaire à la création de pièces nouvelles de ce genre particulier auquel tous deux aspiraient, soit l’incarnation moderne de modèles classiques.

Sur scène, on a donc retrouvé un mélange intéressant de trois jeunes musiciens talentueux, étudiant actuellement à Montréal et de trois musiciens d’expérience, ayant fait leurs preuves à l’échelle internationale depuis belle lurette.

L’ambiance était plutôt intimiste en ce mercredi soir de par la disposition des chaises juste devant les musiciens et aussi car nous n’étions pas beaucoup à avoir eu le courage de braver le froid afin de s’adonner au plaisir de la musique de chambre. Heureusement, l’acoustique céleste et l’attitude de receuillement qu’inspire la salle Bourgie nous ont permis de s’abstraire pour un moment et de profiter pleinement de chaque variation ainsi que de chaque émotion brillament interprétée par les jeunes et moins-jeunes musiciens. Et émotion il y avait! Surtout de la part du jeune pianiste d’origine italienne (j’aurai plutôt dit polonais en le voyant arriver sur scène), gagnant de nombreux prix, Fernando Altamura. Ce dernier ouvrit le concert avec le Trio pour piano et cordes no 2 en do majeur tiré de l’Opus 87 de Brahms. Le bonheur que ce dernier éprouve au piano est si intense, si visible et si débordant qu’on ne peux détourner le regard. Altamura joue avec ses mains (wow, vraiment!?) mais il joue aussi avec son visage et de tout son corps. Tantôt il se lève en attaquant les notes violemment, puis dans le prochain mouvement il paraît relaxé, les épaules détendues, un sourire béat sur son visage. Si vous n’étiez pas familier avec le sens des mots italiens qui accompagnent typiquement toute partition de musique classique, on pense entre autres aux Allegro, Appasionato ou encore Vivace, aucun doute ne peut subsister une fois que vous avez vu le jeune Fernando à l’oeuvre. Quand il attaque (avec) son piano, on sait que ce mouvement se voulait agressif ou tout du moins très vif, on se trouve dans le mouvement con moto, litéralement : avec mouvement. Puis alors qu’il arbore un sourire malicieux et courbe le dos comme un enfant qui prépare un mauvais coup, on n’est pas surpris de voir que ce passage doit se jouer scherzando (avec espièglerie).

Les deux pros qui accompagnèrent Fernando à l’occasion du premier trio étaient Mark Fewer au violon et Andrés Dìaz au violoncelle. Tous deux encensés par les critiques, ils sont généralement décrits comme des artistes audacieux et créatifs. Fewer a déjà été qualifié par le Globe and Mail de “violoniste intrépide transgressant les genres” et quoi qu’indéniablement sensible et expressif dans sa musique, la prestation de Fewer s’opposait diamétralement à celle d’Altamura. Le violoniste ne laissait paraître absolument aucune émotion sur son visage. Dìaz paraissait quant à lui plus jovial et à plusieurs reprises dans le concert, on a pu le voir échanger des regards complices avec les jeunes musiciens exprimant clairement la joie de jouer, d’entendre et surtout de partager la musique de ces piliers de l’époque romantique. Dìaz nous a tenu en haleine pendant toute la durée du concert avec son interprétation passionnée de Brahms et de Dvořák livrée sur son splendide violoncelle de Matteo Goffriller datant de 1698. C’est avec cette merveille pour les yeux et les oreilles qu’il a entamé le second morceau de la soirée, soit un Quatuor pour piano et cordes en ré majeur tiré de l’ Opus 23 de Dvořàk.

La dernière partie du concert, beaucoup plus chantante et légère que les deux premiers morceaux plus saccadés et rageurs, a présenté le Quintette à cordes no 2, opus 111 de Brahms joué par les 3 pros et 2 des jeunes intercalés de part et d’autre du bienveillant Dìaz. On a vu la viennoise de renom Jutta Puchhammer-Sédillot faire son entrée et joindre son alto à celui du jeune Isaac Chalk. Difficile de savoir si ce dernier vivait ses émotions avec autant de fougue que son collègue pianiste étant donné que son visage était partiellement caché par ce que je ne peux décrire que comme une coupe à la hipster qui lui tombait dans les lunettes noires et carrés. Tout ceci sans vouloir dire que son talent musical en a souffert, loin de là, le jeune Isaac possède définitivement l’étoffe d’un grand violoniste. Finalement, le cinquième et dernier violon de ce quintette, la très délicate et accomplie Bénédicte Lauzière prit place à la gauche de Dìaz et nous fit tous se sentir un peu plus léger en nous interprétant avec beaucoup d’énergie et de souplesse, cette pièce plus douce et glissante que les structures plus rigoureuses généralement associées à Brahms.

En fermant les yeux, on pouvait bien entendre les chants des cinqs instruments à cordes se superposer pour ensuite se répondre dans une harmonie qui ne faisait aucune distinction entre les jeunes et les pros. Ce soir à la salle Bourgie, ils étaient tous musique et comme l’avait fait Brahms pour Dvoràk, les pros nous ont bien démontré leur enthousiasme et leur reconnaissance du talent des plus jeunes, jusqu’au si impénétrable Fewer laissant échapper un ou deux sourires vers la jolie Bénédicte.

Pour ceux qui souhaiteraient découvrir la très pittoresque et en même temps très invitante salle Bourgie, voici quelques évènements pour le mois de février. Bach et Piazzolla dans L’art de la fugue le 20 février. Quatres histoires néguentropiques jouées par un quatuor à corde accompagné d’une danseuse de la Compagnie Marie Chouinard le 22. Puis, dans la série les 5 à 7 en musique, l’Orchestre Métropolitain met l’accent sur la beauté du cor le 21 et un duo saxo-piano vous attendent pour Du jazz à son meilleur! le 28 février.

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