The Penelopiad – Du théâtre autant classique que contemporain

The Penelopiad est un vrai spectacle : une histoire émouvante, des chorégraphies enivrantes, des répliques cinglantes, une performance à vous couper le souffle. Du début à la fin, on reste accroché à l’évolution tragique de la relation entre Pénélope, reine tout ce qu’il y a de plus grecque, et ses servantes maudites par leur destinée.

La pièce ouvre sur Pénélope qui retrouve aux Enfers ses 12 servantes ayant perdu la vie à cause d’elle. La suite de la pièce permet de comprendre les intrigues personnelles et politiques ayant mené à ce tragique sort. Autant suite à son mariage avec Ulysse que pendant les 20 années d’absence de celui-ci pour la Guerre de Troie (par ailleurs dépeinte de façon presque répugnante), Pénélope pave une voie piégée pour ses domestiques qui paieront de leur vie les machinations de leur reine. L’énergie globale de la pièce pourrait être, à la longue, écœurante tant elle est bouleversante, mais le recours à l’humour rend l’histoire plus légère et d’autant plus proche de la réalité des durs choix de la vie de tout un chacun.

La distribution uniquement féminine des personnages fait un beau pied de nez au théâtre grec classique où les hommes jouaient les rôles féminins. Le message du texte principal (tiré du livre The Penelopiad de Margaret Atwood, 2005) porte sur deux aspects majeurs : la lutte des classes, et la subjectivité de l’Histoire racontée par une seule tranche de la population. La mise en spectacle par Nightwood Theatre rajoute en plus la discussion sur la perception d’un genre par l’autre dans notre société, et défie nos préconceptions sur le théâtre. Les rôles masculins campés par des femmes prennent tout leur sens lors des scènes de sexe, voire de viol (d’une violence bouleversante), changeant les attentes et les réactions habituelles du public.

La mise en scène s’appuie sur des chorégraphies exécutées à la seconde près et sur des répliques humoristiques fournies à la perfection, mais le point fort reste l’exploration intégrale de l’espace scénique. L’innovation majeure est la profondeur de scène exploitée à son maximum, dépassant peut-être même la largeur de la scène en tant que telle. On s’approche presque du cirque avec un rond central où s’effectuent les danses et avec plusieurs comédiennes tournant le dos au public comme si de rien n’était. La naissance de Télémaque est un des moments forts de la pièce, ne serait-ce que pour l’utilisation tout simplement magnifique des différentes herses d’éclairages surplombant la scène. L’espace corporel des artistes n’est pas en reste avec l’inclusion exceptionnelle d’éléments du décor dans les costumes. La traîne de la mère de Pénélope, une naïade, devient rivière où l’enfant est jeté; la robe de mariée de Pénélope devient la nappe sur laquelle festoient les familles lors de la célébration; la traîne d’Hélène devient la couverture depuis laquelle elle tentera de séduire Ulysse. On s’attendrait presque à ce que les godemichés en tissu des prétendants soient par la suite réutilisés en drapeaux, mais ce ne seront que les larmes de Pénélope qui deviendront un foulard bleu.

Ces 22 dames (dont 13 comédiennes) du Nightwood Theatre offrent avec cette pièce une aventure de 2h30 qui présente une approche confortable du théâtre contemporain. On remarque notamment l’astucieuse combinaison des époques théâtrales, tant à travers les textes que les technologies de scène utilisées. D’un côté, Megan Follows en Pénélope de longue haleine alterne naturellement ses répliques entre tirades homériques et remarques tout droit tirées d’un one-woman show. De l’autre, les décors minimalistes sont astucieusement convertis tantôt en lit, tantôt en escalier, et l’utilisation d’un treuil par les comédiennes elles-mêmes sur scène a quelque chose d’à la fois classique et innovant. La metteure en scène Kelly Thornton semble avoir réussi le pari d’allier avec créativité l’esprit du théâtre antique au talent des artistes canadiens de ce début de vingt-et-unième siècle. Les danses et chants rajoutent une touche émotionnelle juste à point.

Points forts : la danse des cordes où Pénélope manipule ses servantes avec un certain dégoût pour elle-même; les costumes géniaux.
Point faible : les quelques décrochages dus aux automatismes de jeu et à la complicité des artistes après deux semaines de représentations.

The Penelopiad, Nightwood Theatre, du 8 janvier au 10 février 2013, au Buddies in Bad Times Theatre (Toronto).

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