Siegfried de Wagner à la Scala de Milan

Siegfried, opéra de Wagner, représentation du 31 octobre 2012 à la Scala, sous la direction de Daniel Barenboim et mise en scène de Guy Cassiers. Une coproduction de la Scala et du Statthoper Unterlinden de Berlin, avec la collaboration du Toncelhuis d’Anvers.

Préambule : Il Teatro alla Scala de Milan

Qui de Montréal, de toute la communauté italienne, de tous les pays, n’a pas rêvé d’assister à un opéra à la Scala ? Ce rêve est devenu réalité, non seulement pour pénétrer dans le bâtiment prestigieux mais aussi pour assister à une œuvre magistrale : Siegfried de Wagner.

De l’extérieur, il Teatro alla Scala ne retient guère le regard, écrasé entre les bâtiments monumentaux du Milan moderne. Heureusement, la Piazza alla Scala permet un regard en perspective de l’illustre bâtiment. L’architecture est très sobre et fonctionnelle ; le bâtiment principal fut construit au XVIIIème siècle à l’emplacement de l’église Santa Maria della Scala. Une extension moderne de structure cylindrique, ajoutée en 2002-2004, agrandit la scène qui accueille non seulement des opéras mais également des ballets. Le hall d’entrée est simple, dépouillé, rien de clinquant. Les accès sont sobres et de taille modeste. À l’arrivé dans la salle de l’opéra, ce qui frappe c’est la proximité de tous les niveaux, du premier étage au pigeonnier, par rapport à la scène. Les fronts des six niveaux sont disposés à la verticale autour de la scène, laissant ainsi la même distance face au plan vertical de la scène. Décoration minimale sur fond de couleur rouge et or, sièges fermes et assurant un excellent support (pas de courbatures après plus de 5 h de spectacle et d’entracte). Bref, une disposition favorable à l’acoustique et à la proximité de la scène, loin de l’immensité de la salle Wilfrid Pelletier de la Place des Arts de Montréal. Un petit écran, sur le dos du siège de devant, donne la capacité de suivre le texte en trois langues au choix. Il Teatro alla Scala intègre aussi les nouvelles technologies.

La grandeur de la Scala, c’est cela, un espace architectural dédié à l’opéra, qui ne laisse aucune échappatoire en cas de performance musicale ou de mise en scène défectueuses. La Scala n’est pas un lieu de rencontre mondain, mais un forum de passionnés. Rappelons que la Scala fut le haut lieu des opéras de Verdi dès 1845 et que les opéras de Wagner y furent représentés très tôt et régulièrement.

Dans l’assistance, dominance de têtes chenues et beaucoup de non Italiens. La Scala garde son caractère prestigieux à l’international.

C’est donc dans cet état d’esprit (avec une pluie battante sur la ville) que j’ai assisté à la représentation de Siegfried, œuvre achevée par Richard Wagner en 1871 et créée pour la première fois à Bayreuth en 1876.

Pour beaucoup d’auditeurs et de mélomanes, évoquer Wagner et ses opéras provoque un rejet préalable où se mêlent une difficulté d’écoute de ses longues œuvres et un sentiment de gêne au sujet de certaines prises de position du compositeur au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle. La récupération posthume de sa musique, lors des années noires du XXème siècle, avec la complicité de membres de sa famille, ne favorise pas a priori une attitude mentale ouverte.

Ce compte rendu est une invitation, adressée à ceux qui auraient un préjugé, à redécouvrir cette œuvre et sa valeur, et pour les auditeurs wagnériens, une invitation à aller à la Scala vivre de grands moments.

Que les connaisseurs me pardonnent de replacer Siegfried dans l’ensemble de la démarche créatrice de Wagner, puis de résumer le scénario, avant d’évoquer l’originalité de la performance offerte par la Scala cet automne 2012.

La Tétralogie de l’Anneau du Nibelung (ou le Ring)

Siegfried est le 3e volet de la Tétralogie de Wagner, qui comprend l’Or du Rhin, la Walkyrie et, à la fin, le Crépuscule des dieux. L’écriture des textes et la composition musicale de l’ensemble, accomplies séparément, s’étendent sur 25 ans. Wagner a d’abord achevé les textes dans l’ordre inverse de leur représentation, en s’inspirant librement de la mythologie germanique et scandinave. Il a composé ensuite la musique, dans l’ordre.

Ainsi, la musique associée au texte de Siegfried rédigé en 1856 ne sera achevée qu’en 1871. La première représentation n’aura lieu qu’en 1876, à Bayreuth.

Pour Wagner, le texte poétique du livret, la musique et la mise en scène doivent fusionner en un spectacle total créateur d’émotions et de sensations reliées à de grands thèmes. L’aboutissement pour Wagner sera de pouvoir mettre en œuvre sa création, en particulier la Tétralogie, dans un lieu dédié, le théâtre de Bayreuth. La tradition s’est perpétrée, tous les 4 ans la représentation de la Tétralogie à Bayreuth, dans une mise en scène différente, constitue un évènement réservé à un nombre limité d’auditeurs.

Les débuts de la Tétralogie, avant Siegfried

L’histoire de Siegfried s’insère dans une saga complexe qui débute par le vol de l’Or du Rhin par Alberich le souverain des Nains (les Niebelungen), à la suite d’une ruse. Ce dernier, avec l’Or du Rhin, crée un anneau dont le pouvoir déséquilibre les forces en défaveur des dieux et lui permet d’exploiter l’or du sous-sol et d’entasser le trésor des Niebelungen. Son frère Mime tisse un heaume magique. Le pouvoir du monde souterrain se renforce, conformément au voeu d’Alberich qui a renoncé à l’amour pour obtenir l’or, la puissance et la richesse.

Dans le ciel, le dieu Wotan, qui a donné un œil pour épouser Fricka, fait construire le château Walhala par les géants Hafner et Fasolt, avec comme salaire la promesse de mariage de sa fille Freia, la déesse de l’éternelle jeunesse. En fait, Wotan veut renforcer le pouvoir des dieux mais, tout au long de la Tétralogie, va s’enfermer dans des situations complexes qui vont aboutir à la chute des dieux. Face au refus de Freia, Wotan est contraint de se parjurer et de gagner du temps face aux géants. Avec les conseils de Loge, le dieu du feu et de la ruse, il prend l’anneau d’or et le trésor à Alberich par la force, mais ce dernier jette une malédiction sur l’anneau. Wotan, pour tenir sa promesse aux Géants, en contrepartie de Freia, donne tout l’or des Niebelungen et complète à contrecœur le paiement par l’anneau et le heaume magique. Le géant Hafner prend l’anneau maudit, tue son frère et revêt le heaume qui lui donne l’apparence d’un dragon, le gardien de l’anneau et du Trésor des Niebelungen. La menace de l’anneau vis-à-vis des Dieux du Walhala est figée. Toutefois, Wotan souhaite détruire l’anneau mais il est tenu par serment de ne pas intervenir directement contre le dragon. Il tente d’organiser les conditions pour qu’un guerrier indépendant des Dieux et des Niebelungen puisse tuer le dragon et prendre l’anneau. Ce sera le thème de l’opéra La Walkyrie.

Avec une simple mortelle, Wotan engendre un fils Sigmund et une fille Sieglinde. Dans des conditions tragiques, ces derniers perdent leur mère et sont séparés. Sieglinde est mariée de force à Hunding, du clan des meurtriers. Sigmund forge une épée presque invincible, Notung. Plus tard, poursuivi par ses ennemis, Sigmund se réfugie dans la demeure de Sieglinde, sans savoir que c’est sa sœur, en absence du mari. Hunding arrive ; il découvre qu’il est du clan des tueurs en parlant avec Siegmund, révélant ainsi que Sigmund et Siegling sont frère et sœur. Hunding, par respect des lois de l’hospitalité, reporte au lendemain matin le duel avec Sigmund. Sachant cela, Wotan envoie sa fille Brünehilde, la plus valeureuse des neuf Walkyries nées de l’union de Erda, déesse de la Terre, et de Wotan, pour aider Sigmund. Mais, dans la nuit Sigmund et Sieglinde s’unissent d’amour, tandis qu’Hunding est sous l’effet d’un soporifique. Fricka, l’épouse légitime de Wotan, déesse des couples mariées, exige que son mari Wotan punisse Sigmund. Au matin, Brünehilde désobéit au contre-ordre de son père qui brise avec sa lance sacrée l’épée Notung, laissant ainsi son fils Sigmund se faire tuer. Sieglinde s’enfuit avec l’aide de Brünehilde et découvre qu’elle est enceinte. Wotan, furieux de la désobéissance de Brünehilde lui retire sa divinité, mais, attendri, accepte que son sommeil puisse être interrompu par un valeureux guerrier.

Photo par Marco Brescia & Rudy Amisano. Der Wanderer (Terje Stensvold), Siegfried (Lance Ryan)

Photo par Marco Brescia & Rudy Amisano. Der Wanderer (Terje Stensvold), Siegfried (Lance Ryan)

Siegfried en trois actes

L’histoire commence dans la forge du nain Mime, frère d’Alberich, qui essaie en vain de souder les deux morceaux de l’épée Notung. Son but : accéder au trésor des Niebelungen. Siegfred est un jeune homme sans peur, élevé par Mime et qui s’insurge contre cette paternité. Par la contrainte, il finit par obtenir la vérité sur ses origines : Mime n’est pas son père, mais l’a recueilli à la naissance, d’une femme, Sieglinde, poursuivie et mourante qui a confié également Notung, l’épée du père, brisée en deux. Siegfried demande à Mime de souder l’épée et part dans la forêt. Intervient ensuite un personnage énigmatique : le Voyageur, Wotan. Mime le met au défi de répondre à trois énigmes, mais perd lorsqu’à son tour il doit répondre aux trois énigmes posées par le Voyageur. Wotan alors informe Mime que seul celui qui n’a jamais éprouvé la peur reforgera l’épée Notung et qu’il cède son droit de mort sur Mime à celui-là.

Siegfried revient. Mime ruse pour l’envoyer à la recherche du dragon « pour lui faire découvrir la peur». Siegfried, voulant l’épée pour affronter le dragon, la réduit en poudre pour la faire fondre et la reforger, tandis que Mime prépare une potion qu’il a l’intention de faire boire à Siegfried après que ce dernier aura tué le dragon. À la demande de Siegfried, Mime indique le nom de l’épée, Notung, que la mère de Siegfried avait transmis au nain avant de mourir. Siegfried, après un travail de forge énergique trempe l’acier de Notung et prouve la solidité de l’épée en fendant une enclume.

Dans la forêt, près du site du Neidhöhle où veille le dragon, le Voyageur rencontre le nain Alberich. Alberich reconnaît Wotan et ne manque pas de l’accuser de vouloir récupérer l’anneau. En fait, Wotan le prévient que le danger vient plutôt de Mime, le frère du nain. Il aide ensuite Alberich à réveiller le dragon pour l’informer du danger, dans l’espoir que le dragon cèderait alors l’anneau par reconnaissance. Le dragon demande qu’on le laisse dormir.

Mime entraîne Siegfried vers le dragon, mais une fois arrivés, le nain est chassé. Siegfried écoute le chant d’un oiseau, tente de l’imiter,  mais au son du cor le dragon se réveille. Siegfried perce le cœur du dragon qui, mourant, l’informe du sort des Géants et le met en garde contre la manigance de celui qui a poussé Siegfried à cette action. Siegfried essuie son épée et un peu de sang du dragon va à ses lèvres, ce qui lui donne la capacité de comprendre le langage des oiseaux.

Un oiseau blanc l’informe des pouvoirs du heaume magique, le Tarnhelm, et de l’anneau. Pendant ce temps, les deux frères Niebelungen Mime et Alberich se disputent pour le partage futur du trésor. Siegfried retrouve Mime. Les pensées perfides de ce dernier sont lues par Siegfried sous l’effet du sang du dragon. Siegfried comprenant le piège tendu par Mime tue ce dernier et installe sa dépouille sur le reste du trésor à côté du corps du dragon. Au repos, sous un tilleul, il entend l’oiseau blanc lui parler d’une femme merveilleuse du nom de Brünehilde qui séjourne au sommet d’un rocher entouré de flammes. L’oiseau l’invite, lui dont le cœur est sans peur, à le suivre pour aller la réveiller.

Pendant que Siegfried se dirige vers le rocher de Brünehilde, Wotan réveille Erda des profondeurs pour la questionner sur le futur. Erda le renvoie à la science de leur fille Brünehilde, mais Wotan l’informe que leur fille est soumise à un profond sommeil pour lui avoir désobéi. Erda demande de retourner au sommeil, car tout s’embrouille, puisque même le Maître des Dieux est parjure et réprime l’audace et l’action. Wotan demande comment le Dieu peut surmonter ses angoisses. Erda ne peut que demander pourquoi il veut troubler son sommeil.

Bien que peu spectaculaire, cette scène devient la clé de voûte de la Tétralogie. Wotan renvoie Erda au sommeil éternel et lui annonce qu’il aspire à la fin des Dieux. Il cède à la jeunesse éternelle, au héros sans peur et à Brünehilde, et à la libération du monde.

Toutefois, dans la scène suivante, il s’oppose au passage de l’impétueux Siegfried vers Brünehilde. Sa lance est brisée par l’épée Notung, la fin du pouvoir des Dieux est ainsi annoncée.

Siegfried arrive enfin en bas du rocher où dort Brünehilde. Il admire la beauté du guerrier endormi (l’ambiguïté artistique) puis découvre en coupant la cuirasse que c’est une femme. Il connaît alors la peur. Il l’embrasse. Elle s’éveille, lui annonce qu’elle l’a protégé avant même sa naissance. Siegfried croit alors retrouver sa mère (l’ambiguïté parentale ou œdipienne), mais Brünehilde parle de l’amour. Duo ensuite, de la peur de Brünehilde d’être désarmée, de la flamme inconnue vécue par Siegfried, des visions angoissées de la Walkyrie, du désir brûlant du jeune héros, du don de soi de Brünehilde associé à la fuite du savoir et de la sagesse, puis l’union charnelle qui annonce la crépuscule des Dieux.

Siegfried (Lance Ryan). Photo par Marco Brescia & Rudy Amisano

Siegfried (Lance Ryan). Photo par Marco Brescia & Rudy Amisano

La représentation de l’automne 2012

L’orchestre.

Daniel Bareboim a su imprimer à l’orchestre de la Scala la rigueur et l’émotion sans tomber dans l’emphase. La musique de Wagner ne nécessite pas d’être appuyée, elle est déjà dense, prenante et en même temps ne représente que l’une des composantes du spectacle global. Ce fut donc une redécouverte agréable de la partition orchestrale.

Les chanteurs.

L’impression laissée est celle d’un bel équilibre entre les différents interprètes. Toutes les voix sont belles, structurées pour le chant wagnérien. L’interprétation de Siegfried par Lance Ryan révèle un jeu de scène dynamique et une voix classique. Mime, par Peter Bender est convaincant. La voix puissante de Ninna Stemme, la Walkyrie Brünehilde, a enthousiasmé le public. Les autres interprètes, aux rôles complémentaires, Juha Uusitalo (le Voyageur), Johannes Martin Kränzle (Alberich), Dean Peterson (le dragon Fafner) et Anna Larssen (la déesse Erda) s’intègrent bien dans le déroulement de l’action. Il faut reconnaître que les possibilités de mobilité et de jeu de scène pour la plupart de ces rôles complémentaires restent limitées, en raison soit de l’ampleur du costume de Wotan en Voyageur, soit de la situation sous le heaume magique de Fafner ou encore de l’état de Erda issue des profondeurs du sommeil. Nous verrons également que la mise en scène a délibérément mis tous les personnages dans un contexte écrasant. Les héros, de tous niveaux, ne semblent être que les marionnettes du destin. Wotan, en particulier, dispose de bien peu de pouvoirs.

La mise en scène de Guy Cassiers.

Sur ce fond musical et vocal classique, de haut niveau, la mise en scène constitue la composante originale, celle qui laissera sa marque dans la longue série des représentations de Siegfried.

Guy Cassiers, issu de l’Académie des Beaux Arts d’Anvers, passionné de théâtre, nous propose une mise en scène multimédia, avec vidéo-projections et décors réels ou virtuels. Chaque scène principale dispose d’un décor adapté. L’antre de Mime est entouré de l’image d’un amas d’épées brisées. Siegfried est souvent accompagné de lumière rouge. Lorsque Siegfried forge l’épée Notung, la plateforme de la scène où se déroulent les deux actions, Mime préparant sa potion, Siegfried en pleine action dans la forge, est progressivement redressée, créant ainsi deux étages, le Niebelung sombre en bas, Siegfried éclatant en haut.

Les coups de Siegfried sur la forge sont accompagnés de flashs qui renforcent la mesure musicale. La représentation de la forêt en cheminant vers le Dragon est fabuleuse. Les troncs d’arbres sont figurés sous forme de manchons ajourés et métallisés aux multiples mini facettes réfléchissantes, ce qui permet d’amplifier le contraste entre la ténébreuse forêt et les arbres et de contrôler la luminosité diurne ou nocturne. La scène où Siegfried tente d’imiter les oiseaux est particulièrement remarquable. La mise en scène du rocher, au troisième acte, évolue au fur et à mesure de la progression de l’action. Les flammes sont projetées sur des rideaux autour de Brünehilde endormie. L’arrivée de Siegfried est extraordinaire. Les jeux de lumière accompagnent ensuite la musique et la progression des sentiments jouée par les interprètes.

De cette mise en scène exceptionnelle, je me permets d’évoquer quelques rares limites. La représentation du Dragon sous un voile qui symbolise le heaume magique m’a semblé confuse, peu réussie. Il est possible que la même scène, vue du dessus, soit plus cohérente. Le costume du Voyageur m’a paru trop lourd, trop encombré ; ce choix de représenter Wotan répond probablement à la volonté de souligner la lourdeur de ce destin. Les jeux de flash et de lumière sont quelquefois trop éblouissants. La mise en scène devient alors trop envahissante par rapport à la musique, ce qui crée momentanément un déséquilibre et affaiblit l’écoute de l’oeuvre. Ces observations ne représentent toutefois que d’infimes détails d’une création immense et originale.

La version de Siegfried présentée à la Scala de Milan en octobre 2012 restera dans les annales pour la qualité et l’originalité de la mise en scène.

Serge Occhietti

 

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