Le Béjart Ballet : force brute et raffinement onirique à Turin

Syncope béjart balletTurin a retrouvé avec éclat, en ce début du mois de décembre 2012, une compagnie de danse qui lui est chère : le Béjart Ballet Lausanne. Une compagnie présente dans l’imaginaire collectif des Turinois pour avoir déjà lancé de prestigieuses premières mondiales dans la ville du Piémont et dont le créateur, Maurice Béjart, a déjà été directeur artistique du Festival Torino Danza. Encore ce soir, la présentation au Regio de la première italienne de Syncope, créée par Gil Roman, vient réaffirmer le lien artistique tissé au fil des années entre la compagnie basée en Suisse et la ville du nord de l’Italie.

La chorégraphie du Sacre du Printemps de Maurice Béjart a plus de soixante ans. Et pourtant elle garde un langage si actuel, une profondeur si absolue, qu’on s’étonne même de ne pas l’avoir toujours connue, inscrite en nous, au plus profond de notre humanité, résonnant et attendant de s’exprimer comme le fait aussi la musique de Stravinski. Il faut voir cette œuvre, il faut la regarder bouche béante, peau frémissante. C’est le langage de notre temps.

Syncope

Sympathique, onirique et fraîche, la chorégraphie Syncope est une vraie réussite. Première italienne, elle marque bien la reprise créative que fait Gil Roman du Béjart Ballet. Gil Roman a de l’humour et c’est tant mieux. Un couple improbable nous sert de Virgile à travers plusieurs tableaux absurdes et beaux. Elle, veston des années 50, abat-jour sur la tête, est une sorte d’automate-infirmière qui ne délie ses jambes avec sensualité que lorsqu’elle sait ne pas être vue. Lui, dans une pseudo-chaise roulante, ressemble à un jeune homme encore adolescent qui entrerait dans un de ses jeux vidéos.

Une pièce d’anthologie, à mon sens, est ce quintette masculin électrisant où notre jeune héros se révèle à lui et à nous. Acteur, ses expressions de surprise ingénue sont drôles tout autant que sa danse dynamisante. Un ballet tourbillonnant de danseurs en cape blanche rappelle le bal des médecins autour de notre nouveau malade imaginaire (voir les films sur Molière). Tout réside dans la contraposition entre lui et les divers personnages que nous croisons, comme si les bruits de sonar nous plongeaient véritablement au cœur des eaux ténébreuses d’où sortent on ne sait quelles créatures merveilleuses.

On repense avec émotion au film Le cœur et le courage, présentant le défi qui incombait à Gil Roman dans la succession à Maurice Béjart à la tête de la prestigieuse compagnie. Comment garder l’âme vivante de plus de 50 ans de création tout en continuant à rester vibrant de nouveauté ? C’est exactement ce que Gil Roman a démontré qu’il pouvait faire. Cette fois-ci, il est même sur scène et c’est un bonheur de le voir répondre à la voix de Stravinski avec exactitude et espièglerie.

 

Raphaelle Occhietti

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