iD du Cirque Éloize : une quête identitaire

La ville démarre avant le lever du rideau.
La nuit tombe avec les lumières qui s’éteignent lentement alors que les sons croissent pour plonger le public, petits et grands, au cœur de la ville qu’ils viennent tout juste de quitter en entrant dans la salle.

Les artistes entrent en scène. Ils marchent, courent, dansent. Et ils ne s’arrêteront plus avant le rideau final. Le rythme de la ville est fixé dès le départ : couleurs, musique, mouvements. Tout est urbain. La question est posée : quel est le rôle de l’individu? Qui est-il? Seul? En couple? Dans un groupe? iD nous fait circuler entre les immeubles de Montréal pour nous amener à nous découvrir.

Le spectacle commence par un coup de foudre, une dance langoureuse, une brève rencontre entre deux amants. Sur un fond de passants tantôt dansant, tantôt au ralenti, les deux individus se découvrent au rythme de la musique qui alterne avec les sons de la ville. Le décor se révèle alors à nous. Les buildings se dessinent sur l’installation pour l’instant inanimée. La ville vit à travers ses habitants. Elle se fait et se défait au fil des rencontres. Les deux amants se quittent après une belle introduction dansante au spectacle, donnant tout de suite le ton du mélange entre le cirque et le hip-hop.

L’histoire débute vraiment quand les deux gangs rivaux se croisent à un coin de rue. La bataille commence. Hip-hop, cirque (une utilisation musclée du mât chinois), théâtre; tout est là pour exprimer notre besoin de reconnaissance, de conquête de soi à travers la conquête d’un groupe. Dans la ville, la nuit accueille la rencontre de l’individu avec ses pairs, son identification à une communauté. La musique est ici latino-américaine, nous transportant peut-être dans un quartier de Mexico ou de Rio où les bandes s’affrontent à travers la danse.

Les clowns assurent la transition tout en douceur. Le monocycle est bien particulier, puisqu’il a deux roues. Le sport urbain est ici mis à l’honneur à travers le vélo de trial qui sera en fin de compte, à travers des quelques numéros du spectacle, bien plus souvent sur une roue que sur deux. Que ce soit à travers une course-poursuite avec un patineur dans le public (apeurant plus d’un employé du Sony Centre!) ou en tout en haut du décor à travers une escalade périlleuse, le cycliste reste en équilibre tout le long pour nous couper le souffle. Rien de mécanique, toutes les modifications apportées à l’installation sont manuelles, intégrées au spectacle.

Dans la ruelle, la nuit, les chats gris se rencontrent et s’attirent à travers leurs danses respectives. Le break dancer tente de séduire, à l’aide ses prouesses, la contorsionniste qui le suit étrangement dans un méli-mélo de coudes et de genoux. Les règles du cirque sont toutes respectées, elles sont juste montrées sous un jour nouveau à travers la culture urbaine contemporaine.

La scène des deux chats exprime une passion qui m’a de suite rappelé Élizabeth et Belzébuth se pourchassant dans la ruelle. Le beat est bon, ça sent Montréal à plein nez.

Les ouvriers réveillent la ville. Un site de construction en animation 3D se dessine sur l’installation et vit à travers les nombreuses balles qui y rebondissent. Une nouvelle dimension artistique vient de s’ajouter, la maitrise de l’animation graphique qui donne vie à l’installation. Le jongleur fait partie d’une des deux bandes, il envoie les balles rebondissantes plus souvent vers le sol qu’en l’air, inversant nos attentes et nous déstabilisant. Tout est sous contrôle jusqu’à hauteur de 6 balles. Une tentative avec 7 est ratée; l’artiste s’arrête, recommence, réussit dans la beauté de la performance en direct du cirque. Le moment le plus impressionnant du numéro est le saut d’un acrobate au milieu d’un anneau de balles volantes, clin d’œil immanquable aux tigres du cirque traditionnel.

S’ensuit un numéro de cerceau tout ce qu’il y a de solide, une belle performance physique et rythmique. Rien d’exceptionnel ou de nouveau, juste le numéro d’une athlète confirmée. Les clowns reviennent, la bataille entre les deux bandes continue au son d’une musique urbaine bilingue rythmant un numéro de cordes à sauter. La coordination des danseurs/athlètes est parfaite, leur amusement est évident. La ville se réalise dans le simple plaisir de partager un moment de jeu. Tout le monde y passe : un-deux-trois sauteurs imbriqués l’un dans l’autre, le vélo, deux break dancers en performance au sol. L’esprit d’équipe est présent tout au long du numéro : on combat, on s’aide, on joue, on s’écoute, on se regard, on s’applaudit. L’individu fait vivre le groupe, qui en échange lui donne une place dans la ville.

L’entracte repose les émotions et les rythme. On reprend le deuxième acte aux sons d’une cour d’école.

Le numéro commence avec une partie de jonglage de chaises sur les escaliers de secours et les climatisations dessinés sur l’installation. Le tango qui accompagne les jongleurs semble interroge et ne semble pas à sa place pour la première mais aussi dernière fois du spectacle. Les jongleurs sortent et rentrent de l’installation à tout bout de champ, la ville se vit autant dehors que dedans! Les chaises sortent pour organiser un pique-nique avant que la musique ne deviennent électronique et que les acteurs ne deviennent des robots. Les chaises s’empilent pour devenir les immeubles de la ville sur lesquels les artistes, et nous à travers eux, sont en équilibre, prêts à chuter à tout moment.

Le vélo de trial revient sur scène pour un second numéro où il jouera cette fois-ci autour d’un spectateur amené sur scène et allongé sur le dos, tantôt droit tantôt en étoile. Un numéro léger avec sa petite dose d’émotions quand le cycliste s’arrête à un cheveux de la tête du spectateur qui semblait bien content de retourner à son siège.

La contorsionniste et le break dancer se rencontrent à nouveau, mais cette fois c’est elle qui cherche à attirer l’attention du danseur, et pour ce faire nous montre tout son talent et toute sa finesse. Ses mouvements sont pénétrants et démontrent la maîtrise parfaite de son corps par l’athlète. Sa fuite finale dans une trappe verticale d’un pied par un pied dans l’installation est magnifique.

Les deux chefs de bandes se confrontent enfin face à face dans un numéro très créatif où, à nouveau, le hip-hop et le cirque forment un mélange succulent à vivre. Dans un vieil entrepôt désaffecté, le maître du sol affronte le maître des airs au cours d’une danse allant dans toutes les directions. La musique électronique, le vieil entrepôt, le combat aérien nous plongent dans une bande-dessinée de Batman où celui-ci gagne toujours, mais ne tue jamais.

Inventée par Daniel Cyr au sein du Cirque Éloize lui-même, la roue Cyr est mise à l’honneur par son utilisation théâtrale. La mise en scène des acteurs, de la troupe au complet qui peu à peu intègre l’espace et danse avec la roue donne à celle-ci un sens, une raison d’être. L’interaction entre les danseurs et la roue est risquée dans un numéro de cirque, et la troupe la réalise ici à la perfection. Puis la contorsionniste nous montre qu’elle maîtrise aussi le tissu, confirmant la multidisciplinarité des artistes du Cirque Éloize. Le chat est devenu colombe pour le plus grand plaisir des yeux, le break dancer toujours présent, l’accompagnant au sol avec une chorégraphie bien synchronisée.

Le numéro final fait culminer l’énergie dans une cacophonie de couleurs et d’artistes volant dans tous les sens sans accroc. Une demi-douzaine d’entre eux s’échangent l’espace du trampoline caché dans l’installation depuis le début, arrivant de tous les côtés et sortant de nulle part. La puissance du numéro réside non seulement dans la chorégraphie sublime, mais aussi dans lien renoué avec la ville. Les lumières s’effondrent, la musique s’affole, la ville s’écroule…. pour reprendre de plus belle avec des sauts encore plus hauts et encore plus rapides!! L’ovation du public est remerciée par une danse finale et un salut resplendissants, concluant 1h30 de performance circassienne pure, à la rencontre du sport et de l’art, rendant actuelles des traditions centenaires, offrant au spectateur ébahit un parcours complet de soi-même à travers les palpitations de la ville qui dépend de lui pour vivre pleinement.

iD, du Cirque Éloize, au Sony Centre de Toronto du 1er au 3 novembre
http://www.cirque-eloize.com/fr/spectacles/id
http://www.sonycentre.ca/Performances/Event-Detail.aspx?evtID=795

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