Berlioz par Noseda

Le Teatro Regio de Turin a l’extraordinaire chance d’avoir comme directeur musical Gianandrea Noseda, chef d’orchestre fougueux à la carrière internationale prestigieuse.

La difficile partition de Roméo et Juliette de Berlioz (1839) offre à l’orchestre du Regio l’occasion de montrer la cohésion dont il est capable entre les diverses sections instrumentales. Guidé sous la baguette de Noseda, l’orchestre fait virevolter l’émotion musicale des violons vers les basses, du triangle jusqu’aux flûtes traversières. L’autre grand protagoniste de l’œuvre, sous-titrée comme  « symphonie dramatique », est le chœur, au début petit, entendu ensuite depuis le hors-scène et finalement imposant, puissant, incarnant les Capulets et les Montaigus cherchant à se réconcilier.

Berlioz, qui explore la forme musicale de la symphonie tout en incorporant le récitatif choral propre à l’opéra lyrique, offre une synthèse entre ses intuitions étonnamment modernes et une trame générale plus conservatrice. La symphonie s’organise en sept parties qui alternent présence du chœur, orchestres, soprano, ténor et basse. De façon originale, ni Roméo ni Juliette n’est incarné par une voix : c’est l’orchestre qui est chargé d’évoquer l’émotion. Roméo devient ainsi un air délicat, presque mélancolique en comparaison à l’allegretto de la fête donnée par les Capulets. Juliette, après la rencontre sur le balcon, est incarnée musicalement par la marche funèbre accompagnée du chant féminin du chœur. Le seul personnage à part entière est le Père Laurence (puissant Steven Humes manœuvrant entre le récitatif et le chant) chargé d’expliquer rétrospectivement l’intrigue et d’appeler à la réconciliation future.

Légère, grandiose, sympathique, émouvante, la symphonie Roméo et Juliette de Berlioz n’ennuie pas, sait dresser des tableaux de sensations tout en restant narrative. On y entend un compositeur qui cherche sa voie/voix dans la tradition musicale française alors assez pauvre et après la découverte exaltante des symphonies de Beethoven.

C’est la version remaniée par l’acteur anglais Garrick et non pas le texte d’origine de Shakespeare qui est utilisée par Berlioz. Toutefois, la symphonie ne se structure réellement qu’autour de deux moments narratifs : la rencontre (la fête/le balcon) et le serment de paix par les deux familles ennemies. Ce parti pris permet une flexibilité dans le rendu musical qui évite une succession narrative dont le spectateur n’a effectivement pas besoin.

Orchestre et chœur du Regio sont extrêmement bien mis en valeur par le choix de cette œuvre musicale. C’est un plaisir immense que de regarder onduler l’orchestre et vibrer toute la salle du Regio aux sons puissants des chœurs Capulets et Montaigus.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :