L’Hollandais volant de Wagner : le marin damné au Regio de Turin


Quel beau début de saison d’opéra lyrique au théâtre Regio de Turin ! Le choix de l’Hollandais volant de Wagner (Der fliegende Holländer) est audacieux quoique se prêtant merveilleusement à une mise en scène captivante.

Mythologie de rédemption, mer déchaînée et marins désirant retrouver la patrie ne peuvent que captiver le spectateur, qui se laisse emporter tant par la musique que par la mise en scène dans cette intrigue maritime.

L’opéra débute par une puissante ouverture : il y a tempête en mer et les ‘‘vagues’’ musicales se brisent avec fracas et s’articulent avec splendeur. La fougue du chef d’orchestre Gianandrea Noseda est impressionnante, et le jeu de l’orchestre annonce déjà quelques caractéristiques de la partition de l’opéra, comme l’utilisation originale des cuivres et des basses.

La trame narrative est simple et se développe sur très peu de scènes : l’Hollandais est un capitaine condamné à parcourir éternellement les mers avec son équipage sans jamais pouvoir mourir. Il ne peut trouver la rédemption que dans la fidélité qu’une femme devrait lui accorder jusqu’à sa mort. Si le très populaire film Pirates des Caraïbes reprend cette intrigue avec force de détails, la mise en scène du Regio, elle, joue la carte de l’évocation. Et le résultat est sublime.

Le décor est presque conceptuel mais ce parti pris d’évoquer plutôt que de rendre avec réalisme laisse entière place à la musique wagnérienne. Déjà ce n’est plus l’aria qui prédomine, mais une sorte de long tissu mélodique filé selon les émotions des personnages. En cela la sobriété de la scène, composée d’un plancher fortement incliné, d’une immense porte sur la droite et d’un gigantesque tableau de vue marine, aide particulièrement à mettre en valeur les sensations et l’atmosphère de surnaturel recherchées. La tonalité bleue de la scène faisant allusion aux paysages nordiques de la Norvège n’est troublée que par l’arrivée des somptueuses voiles rouges : c’est le bateau du Hollandais, capitaine amer interprété avec un calme imposant par le baryton Thomas Hall. Les jeux d’ombres sont magistralement utilisés, pour accentuer le pouvoir que ce personnage exerce sur Senta (la très douée Ann Petersen en amoureuse qui se tuera pour prouver sa fidélité) et pour suggérer que cet Hollandais est bien une sorte de fantôme tout droit sorti de la mythologie norvégienne.

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