Les Noces de Figaro de Mozart

Les Noces de Figaro (1786) est un opéra, en soi, merveilleusement réussi, de par l’abondance des airs devenus célèbres mais aussi de par la qualité du livret, inspiré de la pièce de théâtre de Beaumarchais. Cependant, il fallait une réalisation sans faille pour soutenir de façon convaincante l’œuvre originale. Et l’Opéra de Montréal répond assurément à ce défi, en nous offrant probablement un de leurs plus beaux spectacles depuis les trois dernières années. Plutôt que de garder la recommandation pour la fin, je vous dis dès à présent : « Courrez voir Figaro ! ».

L’opéra se construit comme une joyeuse farandole d’intrigues amoureuses, où les propres personnages perdent le fil de ce qui est un secret et de qui en est complice. Figaro veut épouser Susanna ; mais cette dernière est courtisée par le comte, qui délaisse son épouse légitime, la comtesse, et désire user d’un vieux droit seigneurial pour pouvoir profiter des charmes des jeunes femmes du domaine. Figaro et Susanna décident donc de confondre le comte sur son propre terrain de jeu : la séduction. Il faut comprendre tout le côté révolutionnaire qu’il y a à présenter des héros étant simples valets et qui prétendent donner des leçons de conduite à la noblesse ! D’autant plus que ces joyeux personnages se montreront bien plus rusés que le comte lui-même…

La mise en scène puissante de Tom Diamond supporte des artistes interprétant merveilleusement leur personnage. La présence de Chérubin, le jeune adolescent transi d’amour, vous ravira ; Figaro qui s’élance en proclamant « Je vais venger tous les maris du monde ! », vous fera rire. Car Les Noces est fondamentalement un opéra qui désamorce les relations tendues des couples pour mieux en rendre la joie de vivre.

Entre les éclats de rire et les situations scabreuses, nous assistons tout de même à des instants de pure grâce, par exemple pour l’ouverture de l’acte II lorsque la divine comtesse fait sa première apparition avec l’air « Porgi Amor ». Ou encore lorsque, solitaire dans le grand salon, elle regrette le temps des amours passés, que nous avait donné à connaître Le Barbier de Séville. Mais il semble que ce soit aussi le temps presque révolu des privilèges de l’Ancien Régime qui s’écroule simultanément à son mariage. Le décor formé d’un imposant pan de mur qui simule une pierre où est gravée la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1789 n’est-il pas là pour nous rappeler que l’ombre (ou la lumière) de la Révolution Française n’est pas loin ?

Pour votre curiosité :
Pour retrouver de très beaux extraits de l’opéra, regardez Amadeus de Milos Forman, si ce n’est déjà fait. Les airs qui vous plairont seront par exemple Se vuol bailare ; Voi che sapete ; Non più andrai ; Contessa perdono (un air de pur délice !). Pour revenir au texte source moins censuré que le livret de Da Ponte et vous replonger dans la France des Lumières, nous vous conseillons la lecture de la pièce de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, 1785.

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