La danse dans les montagnes

Le Festival de Verbier est un insolite événement culturel, réunissant parmi les plus grands musiciens et interprètes contemporains dans une station de ski en été. C’est ce cadre géographique inusité, car loin des grands centres urbains attirant généralement ce genre de manifestation, qui confère toute la beauté au Festival. En effet, les montagnes suisses se déploient avec une infinie grâce a perte de vue, enserrant la petite station de ski dans ses immenses bras verts. Se préparer à voir un spectacle en inspirant d’abord l’air pur des montagnes est une expérience qu’il faut vivre une fois dans sa vie.

Quel endroit plus approprié alors pour présenter les créations de Maurice Béjart ? Et surtout Le Sacre du Printemps, dont la musique de Stravinski semble sortir justement de la terre. Rares sont les fois où spectacle et lieu de représentation s’harmonisent à ce point. Arriver à Verbier est une aventure en soi ; la danse de Maurice Béjart transporte dans les recoins émotionnels les plus profonds.

Les spectateurs, emmitouflés comme ils le peuvent (entre l’Italie et les montagnes suisses, on n’a pas forcément prévu la différence de degrés…), se préparent à rentrer dans le chapiteau construit pour l’occasion. Le festival crée une proximité qu’il est rare de retrouver. Le directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne, Gil Roman, ainsi que le maître de ballet, Julio Arozarena, qui sont assis pratiquement à côté de vous, portent un regard attentif mais bienveillant sur leurs danseurs.

Les deux chorégraphies présentées s’inspirent de musiques composées par Igor Stravinski. Le spectacle débute par L’oiseau de feu, une œuvre succincte mais délicatement ciselée. L’oiseau, Masayoshi Onuki, est comme un vent de beauté vive. Le rapport entre soliste et groupe de danseurs s’appuie sur une union des danseurs emplie d’humanité. Puis l’oiseau semble mourir, comme si le bien n’arrivait à triompher de l’omniprésence de la terreur. Mais l’instant clé de cette déjà riche chorégraphie correspond à l’arrivée du phœnix, incarné par le danseur colombien Oscar Chacon. Son entrée est sublime. L’ardeur du danseur semble redonner vie et espoir, opérant le même miracle qu’un retour du printemps. La rencontre des deux danseurs est un instant particulièrement émouvant car il joint la beauté au courage. Presque 50 ans après sa création, l’œuvre n’a rien perdu de sa force et le langage corporel qu’a développé Béjart paraît correspondre à toute sensibilité humaine, quelque soit la culture ou l’époque dont elle est issue.

Le Sacre du Printemps de Maurice Béjart est un chef-d’œuvre de la culture occidentale. Et Gil Roman sait en conserver la puissance en cultivant la danse de haut calibre chez ses interprètes. Une énergie volcanique anime les groupes qui s’affrontent et s’entrelacent. La confrontation des corps n’a jamais été aussi splendide, à la fois bestiale et sophistiquée. Les jeux d’opposition homme/femme, cercle/rangée sont scrupuleusement maniés pour entraîner le spectateur dans un tourbillon de force brute. Ressortir de ce spectacle et embrasser de la vue le coucher de soleil dans les montagnes procure une sensation qu’il est difficile de décrire, comme si la beauté humaine et la splendeur naturelle s’unissaient l’espace d’un instant.

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