Werther, ou l’âme tourmentée d’un jeune héros

De Pelléas et Mélisande à Werther, vous serez en deux semaines comblés pour ce qui est de l’opéra français et du thème de l’amour passionnel. Petite discussion de deux mordues d’opéra.

Acte I

Alors, comment tu as trouvé le premier acte ?

J’avoue avoir été surprise, je ne m’attendais pas du tout à ce que la musique de Massenet épouse de façon si convaincante le récit de Goethe. La mise en scène participe vraiment à ce que le spectateur soit plongé dans l’histoire et éprouve avec force les émotions communiquées par la musique et les paroles.

Oui tu as raison. En plus, dès le lever du rideau l’ambiance romantique de communion entre la nature et les sentiments est évoquée. L’idée d’une idylle familiale est chaleureusement rendue par la présence des chanteurs enfants, et l’on comprend comment Werther, le jeune intellectuel rêveur et grave, est séduit par un si charmant tableau.

Mais ne trouves-tu pas que la femme dont il tombe amoureux, Charlotte, à s’occuper de tous ses frères et soeurs avec amour et oubli de soi, ne construit pas à nouveau le stéréotype de la femme effacée et sans personnalité ?

Absolument ! Et c’est pour cela que même en étant une fi lle on s’identifi e plus à la richesse émotionnelle de Werther ! Il faut attendre Anna Karénine pour qu’une femme soit enfi n le héros libre penseur d’un roman.

Je me demande tout de même si cet amour si soudain que Werther éprouve pour Charlotte, alors qu’il la raccompagne du bal, est plausible. Cela existe-t-il dans la vraie vie ?

Je n’ai pas la réponse, mais j’ose espérer que oui !

En fait leur amour se nourrit aussi de l’impossibilité de leur union. Au quotidien un amour si absolu doit quand même perdre de son éclat.

Oui mais…Chuut, le deuxième acte commence.

Acte II

Bon, c’est de pire en pire. Non seulement Charlotte était véritablement promise à un autre mais en plus elle l’épouse et va à la messe !

Oui. Cette confrontation entre le mari de Charlotte et Werther est très intéressante. Pour une fois il n’y a ni bon, ni méchant. Les deux hommes se valent et sont intègres, mais l’un a été promis comme mari à Charlotte par sa mère mourante et l’autre a su la séduire véritablement. Werther est vraiment trop émotif, mais comment ne pas comprendre, par la musique, la force et la sincérité de la fascination qu’il éprouve pour cette femme ?

On dirait qu’en étant hors de l’église, Werther est déjà comme hors norme, hors société. Lorsque les écrans translucides au fond de la scène, qui laissaient voir la nature derrière et qui posaient ce voile bucolique sur la scène, s’obscurcissent, on pourrait penser que c’est l’âme même de Werther qui se perd et s’enferme dans une opacité bornée et douloureuse.

Et cela rompt d’autant plus avec la gaieté enfantine de la soeur de Charlotte. J’adore l’interprétation de Suzanne Rigden car on sent vraiment qu’un fossé existe entre l’innocence enfantine et les maux des adultes. Finalement, quand Charlotte somme Werther de partir et de ne revenir qu’à Noël, c’est la meilleure solution.

Partir, pour oublier.

Acte III

Ohlala. Werther, qu’as-tu fais ! Et Opéra de Montréal, quel spectacle nous as-tu donné !

Moi aussi, je suis bouche-bée. Quelle fi n ! Toute cette tension libérée par la mort et les applaudissements ! Quelle étrangeté maintenant de se retrouver dans la rue, dans le monde réel ! Mon esprit est encore à vagabonder auprès du corps de Werther.

C’est passionnant de voir à quel point le nouvel environnement de vie de Charlotte l’aliène complètement. Pas de nature, pas de gaieté, pas de lune qu’elle avait pu regarder avec Werther. Tout semble froid et réglé. Tout le poids des conventions qui enchaînent Charlotte se font sentir.

Et tout le poids de son mari qui fi nalement devient conscient du lien irremplaçable qui existe entre Werther et Charlotte. Mais de demander à Charlotte de prendre elle-même le pistolet pour le remettre au serviteur, qui va le remettre à Werther qui se tuera avec, c’est de la cruauté !

Oui, cette scène fait froid dans le dos. Et pourtant l’on oublie presque à un moment que le dénouement est tragique. Lorsque Werther, après quelques mois d’exil, revient trouver Charlotte et qu’ils sont seuls, elle oublie tout de même l’espace d’un instant ses ‘’devoirs’’ supposés !

Mais elle se ravise, revient dans le moule.

Oui. Cette scène où les invités de Noël arrivent et lui bloquent le passage en une ronde macabre démontre bien visuellement et mélodiquement l’enfermement social dans lequel elle se range. Il aura fallu qu’elle trouve Werther agonisant pour enfi n assumer son amour.

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