Le Québec

Le 30 octobre dernier marquait le 15e anniversaire du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec. Pour l’occasion, le Polyscope présente un résumé de la situation actuelle de la province dans la confédération canadienne.

Politique et géopolitique

Est-il politiquement envisageable à l’heure actuelle que le Québec se sépare du Canada ? La réponse tant pour les souverainistes que pour les fédéralistes à l’heure actuelle est négative pour trois raisons.

La première est la situation du Canada et du Québec dans le monde, on peut l’observer dans l’histoire du séparatisme et des partitions d’états, ils se sont toujours réalisé dans des périodes économiques fastes (le démantèlement de l’ex-Yougoslavie par exemple). Comment ferait le Québec sans les immenses réserves de ressources naturelles qui vont protéger d’une crise énergétique certaine et enrichir dans les prochaines années le Canada ? Que ferait le Canada sans l’énergie hydroélectrique québécoise sûre et peu couteuse  ? Que ferait-il sans les immenses réserves d’eau douce de cette province qui sera une des réponses locales voire mondiales au niveau du grand problème de l’approvisionnement de l’eau au court du prochain siècle ? Face à une Amérique qui se recroqueville dans un certain protectionnisme et nationalisme que deviendraient les rapports de force de Montréal la québécoise face à Toronto la canadienne dans les relations économiques et fi nancières que ces deux grandes villes entretiennent assidument avec New York City. Alors que le Canada vient de montrer son impuissance à obtenir un poste au conseil de sécurité des Nations Unis, quelle serait l’infl uence d’un Canada diminué et d’un Québec au point de vue international ? Quel pays reconnaitrait – étape indispensable pour valider son indépendance – le Québec lors de sa cessation du Canada ? Sûrement pas la France de Sarkozy, l’Allemagne de Merkel, l’Angleterre Cameron ou même Obama… Pour réussir une « bonne » séparation les deux entités devront être en parfaite forme économique et politique pour réussir à rester à leur niveau respectif dans ces deux domaines.

Le deuxième point est intrinsèque à l’histoire du Québec : depuis l’échec – de peu – du référendum de 1995, on a senti un essouffl ement, un tassement, un ras-le-bol des québécois sur le sujet, les gens en sont tannés. Que ce soit avec Lucien Bouchard, Bernard Landry, André Boisclair ou Pauline Marois, aucun souverainiste québécois n’a réussi à retrouver leur aura d’antan auprès de la population. Faute du non-renouvellement des propositions  ? De la multiplication incessante des élections ? Le Parti Québécois ainsi que le Bloc, malgré un travail important sur le sujet (comment obtenir la souveraineté, quel sera l’après…) en coulisse, ont du mal à communiquer des idées claires, actuelles, novatrices, pragmatiques sur le souverainisme en 2010 au Québec.

La troisième raison qui résulte sans aucun doute de la seconde, sont les luttes internes et interminables au sein de ces partis, donnant une image déplorable et très négative. Certes le combat pour réussir à obtenir la souveraineté du Québec peut avoir différents visages mais un consensus entre ces différents courants est indispensable pour que dans quelques années quand le contexte mondial le permettra, le Québec puisse enfi n s’émanciper dans de bonnes conditions si la population décide de dire cette fois : oui.

La langue

La langue est bien sûr un aspect indissociable d’une identité. Car la langue, étonnamment, c’est aussi un mode de vie. D’où les questionnements identitaires ayant lieu en Belgique et en Catalogne. À Montréal nous sommes choyés par la diversité linguistique qui nous entoure, véritable force de tolérance et d’échanges mutuels. Pourtant, valoriser et encourager cette diversité ne doit pas nous faire perdre de vue la valeur de la langue qui nous unit tous : le français. Trop souvent j’ai remarqué qu’il y avait comme une lassitude à ce sujet, comme s’il était passé de mode d’être conscient de l’effort à faire pour garder cette langue vivante.

Cela se traduit d’abord par un déni du fait que le français est de moins en moins parlé ou adopté. Pourtant, en Outaouais les jeunes ne se rendent déjà plus compte s’ils parlent en anglais ou en français. Sans être alarmiste on peut toutefois s’interroger sur le statut de cette langue et la responsabilité qui nous incombe aujourd’hui. Lorsque j’étais en voyage, on m’a demandé plus d’une fois si c’était vrai que les « french canadians » se fâchaient quand on leur parlait anglais. J’avoue avoir été déçue de cette opinion répandue à l’étranger et qui présentait les gens parlant le français comme des intolérants. Je me retrouvais donc dans la situation paradoxale de montrer que le Québec était véritablement un lieu d’accueil tout en indiquant que cela n’était pas incompatible avec le fait de vouloir valoriser notre langue. Alors que j’expliquais à un ami belge qu’il fallait comprendre que 7 millions de personnes parlant potentiellement le français étaient entourés de 300 millions d’anglophone il me dit  : « Merci pour ce que vous faites pour la langue française, je ne m’en rendais pas compte ». Le déséquilibre linguistique est un fait et il semble diffi cile de promouvoir cette diversité dans une société où la politique prônée est que tout le monde soit des playmobils en plastique avec les mêmes cheveux, vêtements, croyances, sexualités, etc. Le français est une identité qui n’exclut pas les autres. C’est un choix personnel, le choix d’une culture, d’un mode de vie tout aussi valable que l’anglais et Montréal nous montre à quel point il est agréable de cohabiter ensemble.

Contrairement à ce que l’on voudrait bien nous faire croire, ce n’est pas du fanatisme que de vouloir diffuser l’amour d’une langue. Pourquoi y a-t-il encore des gens venant de partout dans le monde (Bolivie, Russie, Allemagne…) qui viennent à l’université pour prendre des cours de français ou même suivre leur scolarité dans cette langue ? Car cela permet de s’intégrer à une communauté intellectuelle vaste existant entre le Québec, la France, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse, l’Afrique-Maghreb. Chacun de ces pays ou ensembles géographiques propose un dynamisme unique de par une sensibilité et une culture propre. J’ai été aussi étonnée de la méconnaissance que les Québécois et Québécoise ont du rayonnement international de leur culture. Pour qu’une pièce de Michel Tremblay soit présentée dans la ville de province en Espagne où j’étudiais, il faut vraiment le faire ! La pièce a eu un succès fou. Même si la pièce avait été traduite en espagnol et bien qu’ayant été loin de chez moi durant plusieurs mois, je retrouvais les rues de Montréal, la joie simple et cette humilité radieuse qui m’avaient habitée depuis toujours. Dans ce même théâtre je découvris quelques mois plus tard le Cirque Éloize dans un spectacle né de l a rencontre d’artistes de nationalités variées, mais venant présenter la créativité du Québec en Espagne. Ainsi, il existe aussi à l’étranger une conscience de la spécifi cité de cette partie du Canada qui se dévoile dans des productions qui ouvrent un regard différent mais tout aussi intéressant que celui du reste du pays. Cela ne serait pas possible si nous étions tous réglés sur les mêmes objectifs de vie et sentiments et cette diversité repose en grande partie sur la langue française et sur son adoption par des personnalités variées ayant à coeur son enrichissement.

N’ayons donc pas peur d’avoir ce projet commun à long terme, c’est probablement la plus belle aventure que nous puissions offrir à raconter aux générations futures.

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