Du flamenco pour Montréal au FFM

Pas besoin de paroles pour expliquer ce qu’est le fl amenco, juste d’un grand réalisateur. Carlos Saura.

Sa présence au théâtre Impérial a rendu d’autant plus unique la projection en première mondiale de son fi lm Flamenco, Flamenco. Qui ne serait ému par la rencontre, même de loin, d’un personnage public admiré ? On aurait dit qu’il venait nous livrer son émotion la plus profonde face à une danse étant un peu l’âme de l’Espagne. Pourquoi un « grand » réalisateur ? Comme le mentionnait le fondateur du Festival des Films du Monde, Serge Losique, Carlos Saura a su créer un cinéma d’envergure internationale même durant la dictature de Franco, exploit que nous avons peut-être du mal à mesurer aujourd’hui. Il a aussi su allier ses talents a ceux de plusieurs générations de danseurs, se positionnant un peu comme un intermédiaire paré d’une sensibilité aigüe entre le grand public et les racines culturelles de l’Espagne.

Je me rappelle d’un spectacle de fl amenco, chant et guitare, que j’avais vu à Valladolid, dans le nord de l’Espagne. Assise à côté de mon ami australien, tout deux emplis malgré nous d’une notion de l’attitude en public bien anglo-saxonne, qu’elle ne fut pas notre surprise lorsque les gens du public se mirent à accompagner les artistes en criant « Olé, Olé » à chaque tremblement tragique de la voix ou de la guitare. Le spectacle devenait vivant et non plus fi gé. L’émotion suscitée était si troublante qu’il était normal et même sain de l’exprimer. Car le fl amenco, chanté, dansé ou joué, s’adresse à une force viscérale passionnelle qui vit en nous. Et qui de mieux placé que Carlos Saura pour vous la communiquer ?

Le film commence d’ailleurs par ce passage du fi gé au vivant, en nous promenant visuellement entre des tableaux présentant des scènes de flamenco, avant que celles-ci ne s’animent aux rythme marqué du pied par les danseurs actuels en action. Des artistes comme Anglada-Camarasa ou Romero de Torres ne sont peut-être pas considérés aujourd’hui comme les plus avant-gardistes des artistes espagnols du XXe siècle, mais leurs oeuvres transmettent certes un côté folklorique et sensuel de l’Espagne d’alors.

Comme un recueil d’instants, comme un reportage poétique sur le fl amenco d’aujourd’hui, le cinéaste entrelace les vues d’ensemble et les détails raffi nés. Une artiste comme Sara Baras vit devant nous avec plus d’intensité que si nous la voyions en spectacle à Madrid : zoom sur ses yeux qui brûlent du feu de la danse. Nous tressaillons de douleur et de ravissement au froncement de sourcils affl igeant d’un chanteur. Deux pianos se confrontent et s’unissent comme l’auraient fait deux danseurs. Des chorégraphies de groupe, inspirées par exemple du rythme que l’on retrouve en procession durant la Semana Santa, alternent avec des chorégraphies au danseur individuel entouré d’une joyeuse compagnie. Paco de Lucía nous envoûte ; deux danseurs aux mouvements tragiques unissent leurs pas à la pluie. En somme, 90 minutes d’émotion pure, de beauté poignante.

Pour se plonger encore plus dans l’univers du fl amenco : voir la Trilogie Flamenco de Carlos Saura- Bodas de Sangre, El Amor Brujo et surtout Carmen.

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