Berlioz à l’OSM

Requiem, ou Grande Messe des morts, de Hector Berlioz, œuvre choisie pour inaugurer la 76e saison de l’Orchestre Symphonique de Montréal. Première le 8 septembre 2009, dirigée par Kent Nagano, avec Michael Zaugg, chef de chœur invité et Michael Schade, ténor. Ce Requiem de Berlioz (1803 – 1869), initialement commandé pour rendre hommage aux victimes des 3 Glorieuses de Juillet 1830 (insurrection à Paris, pour chasser le roi ultra-conservateur Charles X), fut interprété pour la première fois en l’église Saint Louis des Invalides, à Paris, le 5 décembre 1837, lors des obsèques du général Danrémont.

D’une certaine façon, rarement l’exécution d’une nouvelle œuvre ne fut plus appropriée aux circonstances que cette messe des morts en l’honneur d’un général. En effet, le Requiem de Berlioz est une œuvre monumentale, par l’ampleur du chœur (120 choristes), par la participation de groupes de musiciens (cuivres) dans la salle, et par la partition contrastée.

La structure de l’œuvre respecte la suite traditionnelle de la messe : Requiem (aeternam : repos éternel) et Kyrie : Musique simple, basée sur l’ampleur du chœur (notamment le Kyrie) et sur les masses sonores.

Dies Irae : Effet grandiose, entre l’orchestre et les timbales, le chœur et les cuivres dans la salle (trombones, tuba). La répartition des groupes de cuivre donne un effet stéréo complètement révolutionnaire pour l’époque.

Quid sum miser : Jeu remarquable du cor anglais (instrument intermédiaire entre le haubois et le basson).

Rex tremendae : Force du chœur donnant un effet puissant.

Quaerens me : Musique dominée par le chœur, dont la performance pendant cette interprétation fut impressionnante, notamment dans les parties quasi-murmurées.

Lacrymosa : Musique très moderne, qui suit le texte, avec des airs simples renforcés par les cuivres dans la salle, et la progression vers une apothéose.

Offertoire : Moment fort, quand le chœur se lève, le temps est suspendu. Dialogue entre l’orchestre et le chœur.

Hostias : Chant à l’unisson du chœur, renforcé par des accords des groupes de trombones disposés dans la salle. Cette simplicité d’écriture crée néanmoins un effet très émouvant.

Sanctus : Seule partie avec soliste. Après une introduction des violons, le Sanctus est développé en quatre parties : passages du ténor accompagné par la flûte qui alternent avec ceux des violons associés à l’orchestre, Hosanna dynamique, dans un style qui rappelle Bach, chant du soliste, et retour de la joie du Hosanna, éclatant.

Agnus Dei : Berlioz réussit à créer une émotion musicale soutenue : ouverture par des accords simples qui créent l’impression de mystère, puis Agnus Dei du chœur à l’unisson, renforcé par les trombones disposés dans la salle. L’œuvre se termine par le jeu des timbales.

Le Requiem de Berlioz est une œuvre de rupture par rapport aux conventions de l’époque. Elle fait alterner les contrastes d’intensité, de timbres, de rythmes. L’écriture est orientée vers des effets sonores directs, avec des accords parfaits, des unissons. Malgré une partition musicale somme toute très simple, l’intérêt de l’auditoire reste toutefois maintenu par les contrastes et le triangle orchestre – chœur – groupes de cuivres.

Dès les premières notes, il faut oublier le Requiem de Mozart, accepter un univers musical différent, plus superficiel, plus spectaculaire et libre d’influence. La recherche d’effets musicaux éloigne certes du recueillement, du tragique, de la sérénité et de l’inspiration sacrée. Toutefois, les trois dernières parties, à partir du Hostias, parviennent à inspirer des sentiments de joie et de spiritualité.

Kent Nagano dirige magistralement l’orchestre très professionnel, le chœur et les cuivres de la salle. La sobriété habituelle de Nagano donne sa pleine puissance à l’œuvre sans tomber dans l’excès. Il faut féliciter le maître de chœur Michael Zaugg, pour la précision des attaques et des arrêts, la fuidité du groupe de 120 personnes.

Le Requiem de Berlioz est une oeuvre jalon du XIXe siècle, qui annonce la puissance de Wagner.

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