Le Sacre du Printemps & Re-II par les Grands Ballets canadiens de Montréal

Lorsque le 29 mai 1913 les parisiens découvrirent pour la première fois Le Sacre du Printemps de Stravinsky, chorégraphié par Nijinski, ce fut un scandale tel que les danseurs n’entendaient même pas la musique, assaillis par les sifflements, les cris, les demandes de duel… Aujourd’hui cette musique est bien-sûr considérée comme pionnière de la modernité et vous ne douterez pas en l’écoutant de sa force révolutionnaire qui vous cherche jusque dans le tréfonds de votre humanité primitive.

C’est peut-être cette force qui a manqué au Grands Ballets Canadien. Un enregistrement du Sacre plutôt que le jeu de l’orchestre n’est qu’un petit détail par rapport à une chorégraphie qui ne se situe pas clairement entre classique et novateur. Les passages de groupe nous entraînaient bien dans cet aspect ancestral et tendu qu’évoque la musique, mais le ballet tarde trop à nous accrocher, entre autres à cause des solos qui n’ont pas lieu d’être de par cet aspect collectif inhérent au Sacre. Est-ce simplement la chorégraphie qui comporte quelques faiblesses ou la troupe qui danse à la perfection mais sans âme ? Cependant, on ne peut nier que le spectacle nous captive pour certains passages très forts : danse des hommes, exclusion de l’élue, course… Il a simplement déjà été fait plus intéressant.

Le ballet Re-II, même s’il s’appuie sur une bande sonore moins « puissante » est beaucoup plus convaincant dans la cohérence de son œuvre. Il nous offre une trentaine de minutes absolument délectables, dans des instants chorégraphiques complètement nouveaux. La grâce déployée sur fond de bruits de jungle, les costumes aux airs de toucan, les images projetées sont parmi les éléments qui nous font rentrer dans un lieu intemporel, appartenant au monde mais nous conduisant au-delà du réel, dans univers où la sensibilité et la spiritualité peuvent enfin reprendre leur place et oublier notre société dominée par l’adoration de l’argent. Des instants « blancs » de pure grâce. Une atmosphère inoubliable, riche, dense, où les danseurs exaltent la beauté de leur art.

Sacre du Printemps, Stijn Celis. RE-II, Shen Wein. 26,27,28 mars et 2,3,4 avril

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