Le baiser

Comment danser alors que nous ne pouvons nous mouvoir qu’en fauteuil roulant ?

Premier défi de mise en scène de ce spectacle de danse contemporaine chorégraphié par Johanne Madore. Et comment rendre la complexité et la sensualité des rapports amoureux par la danse ? Le Baiser se propose comme une délicate et expressive réponse à ce thème, qu’il réussit à traduire par la mise en valeur des différents corps.

Il est agréable de pouvoir aborder ce spectacle tant du point de vue formel qu’interprétatif. En effet les duos sont chorégraphiquement très riches et parfois innovateurs, comme l’élégant entrelacement entre l’interprète tétraplégique et son compagnon sur pieds. Tel un véritable ballet auquel les déplacements en chaise roulante apportent étonnement, grâce et sensualité, l’homme tournoie jusqu’à trouver la force, poussé par le fauteuil de sa partenaire et accroché à celle-ci, de monter avec ses pieds sur le mur. D’une émotion plus crue, l’instant chorégraphique des allées-venues de deux hommes dans deux bandes de lumière au sol est parfaitement exploité : tronc ou jambes sont littéralement coupés par l’obscurité alors que les mouvements très énergiques des deux danseurs les propulsent d’un bout à l’autre de ces corridors lumineux. Si l’on cherche cependant à créer une histoire ou à poser des mots sur les impressions ressenties, l’ouverture du spectacle, au milieu des roses fragiles, ou encore la danse douloureusement sensuelle du couple enserré dans une corde, attisent notre imagination.

Il est cependant dommage que de tels passages absolument réussis voisinent trop souvent avec des moments superflus et plutôt pauvres. Le raccord entre les différentes parties est pratiquement inexistant, nous livrant des instants tour à tour parfaits et banals. La bande sonore semble être la véritable faiblesse de ce spectacle et nuit à la danse. Des instants de silence auraient eu beaucoup plus de force sensible. Et de grâce, chers chorégraphes contemporains québécois, évitez d’utiliser ces petits bruits d’oiseaux, de gouttes d’eau ou de cliquetis intergalactiques, que vous semblez particulièrement affectionner mais qui sont complètement détachés du propos de la danse ! Il ne suffit pas non plus d’utiliser le chant Dôme épais le jasmin de l’opéra Lakmé pour légitimer de la valeur de la chorégraphie. Cependant, les passages avec les poèmes récités sont eux extraordinairement bien intégrés et originaux, peut-être une voie à pousser plus loin ? Il semble donc que le Baiser se présente plutôt comme une chorégraphie en germe, qui gagnerait à être épurée pour en faire ressortir les instants intéressants, bien qu’aucun reproche ne puisse être formulé à l’égard des interprètes qui ont formidablement communiqué leur énergie à ce spectacle.

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