Représentation inoubliable à l’OSM

Kent Nagano offre de nouveau aux montréalais une extraordinaire représentation, redonnant à Montréal son prestigieux statut de ville multiculturelle. Le chef d’orchestre et directeur musical de l’OSM a su conquérir les spectateurs par la programmation très originale qu’il a proposée ce mardi 13 janvier 2009. Prenant pour point de départ le thème de la terre et tout ce qui y relie l’Homme (cycle de vie, rites, religions), Nagano a réuni trois œuvres singulières, différentes mais frappantes par leurs richesses.

Promouvant la découverte de la musique contemporaine, l’OSM a révélé une œuvre du compositeur Tan Dun, Orchestral Theatre I, Xun (1990). La clé de cette production réside dans son titre : « théâtre orchestral ». Effectivement la fascination que procure cette œuvre naît tout autant de la musique que de la présence sur scène des musiciens. L’orchestre devient acteur qui fait entendre une clameur par la voix humaine, passant du murmure au rugissement. Les passages de sons frappés sur les contrebasses sont absolument hallucinants. Comme un rite chamanique, la musique joue sur des sonorités émergeant de la culture chinoise et nous fait rentrer dans une transe sonore absolument délectable. Nagano a eu le génie de présenter cette œuvre qui a séduit le public.

Chef d’œuvre qui a influencé toute une génération de musicien, innovation qui a fait scandale lors de sa première représentation, Le Sacre du printemps existe comme une œuvre d’art totale puisqu’elle est à l’origine un ballet chorégraphié par le novateur Nijinski sur une musique de Stravinsky. Kent Nagano a choisi de nous offrir cette extraordinaire musique, aux contrastes parfois frénétiques et surprenants, sans la représentation dansée, ce qui permettait de laisser nos propres images mentales naître des sons offerts à notre ouïe. Comment vous décrire cette musique si audacieuse autrement quand vous appelant à l’écouter ? Il semble que ses accords jaillissent du plus profond de la Terre et qu’elle surgisse non point du génie humain mais bien qu’elle émane du rugueux des roches, du tendre des feuilles. On peut voir en cette musique le profane rite sacrificiel, tel que suggéré par la suite du titre Tableaux de la Russie païenne, ou l’on peut concevoir comme le son de la naissance du monde, tel qu’évoqué dans Fantasia par Walter Disney. La représentation fut inoubliable.

Das Lied von der Erde, ou Le Chant de la Terre, de Mahler a été joué avec la même maîtrise par l’orchestre. Chef d’œuvre bien différent de l’œuvre précédente, Le Chant de la Terre apparaît plus ancré dans une conception humaine de la musique. Les six lieder présentent la progression très sensible des méditations de l’Homme sur la vie et la mort. Parfois enjoué ou émouvant, éminemment personnel, cette musique semble résumer la vie et le perpétuel questionnement sur la mort. Les chants Le Solitaire en automne, De la jeunesse et L’Adieu sont à la fois universels par l’émotion qu’ils soulignent et à la fois très individuels puisqu’ils caractérisent un parcours que chacun aura à accomplir.

Photo: Marshall Berman

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