Les Identités meurtrières

En cette ère de conflits, tensions, revendications internationales, que d’individus sont portés à déclamer haut et fort leur origine, à mettre de côté toutes les autres composantes de leur personnalité, et ainsi à amplifier ces points chauds. Les exemples sont innombrables, Palestine et Israël, Québec et reste du Canada, accommodements raisonnables, Catalogne, Corse, Kosovo, Rwanda…

Au milieu de cet entremêlement planétaire, laissé en pâture aux politiciens flairant le pouvoir et à la recherche de la célébrité, peu de lumière transperce cette noirceur pour nous éclairer et nous permettre de réfléchir. Peu, mais pas aucune.

Amin Maalouf écrit en 1998 Les Identités meurtrières, essai qui est le sujet de mon article. Je suis bouleversé par ce livre tant il est brillant, éclairé et fort. Amin Maalouf, d’origine libanaise et auteur de plusieurs romans de langue française ayant pour thèmes l’exil, le voyage, l’aventure et la culture arabe, essaye de placer les choses, de démêler et de comprendre pourquoi le monde actuel est en train de sombrer dans les conflits identitaires.

Selon lui, une personne ne devrait pas dire : « Je suis Juif » ; « Je suis Russe » ; « Je suis Noir ». Une personne ne peut avoir une identité forgée par un seul caractère, car elle permettrait tous les débordements qui reposent sur des principes raciaux. Une personne devrait dire au contraire, lorsqu’on la questionne sur l’être qu’elle est : « Je suis de naissance française, d’origine polonaise, de langue française mais parlant aussi l’anglais et l’espagnol, je vis au Québec ». Nous n’avons pas une identité, mais une multitude qui nous façonne et a réussis à former l’individu que nous sommes. Qu’est ce que l’identité d’après l’auteur ? « Mon identité, c’est ce que je fais que je ne suis identique à aucune autre personne ». Amin Maalouf écrit qu’il vient d’une famille de tradition chrétienne, ce qui le lie avec plus de 2 milliards d’humains. Qu’il a été éduqué dans la langue arabe, qui le rapproche d’un autre milliard. Qu’il est né au Liban, mais sans croire en un Dieu particulier ; qu’il écrit dans la langue de Molière. Ceci fait de lui une personne ayant des points communs avec pratiquement la moitié de la planète, mais en même temps, il reste unique, car peu ou personne ne peut dire avoir le même itinéraire que cet auteur. Ce qui est le cas pour Amin Maalouf, c’est le cas pour tous ici, lecteurs du Polyscope, habitant Corse ou Serbe. Nous sommes un kaléidoscope, une fractale, et non une peinture unie. Un article, c’est bien court pour mettre sur papier les idées de ce livre. Mais restons simple, du moins essayons. Amin Maalouf nous invite à plonger en nous même, accepter nos particularités pour ainsi accueillir l’autre à bras ouverts malgré ses différences. Car ses différences, au lieu de nous séparer, peuvent au contraire nous unir, nous apprendre bien plus de choses qu’un livre de chimie.

Socrate disait qu’il n’était « ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde ». Les Identités meurtrières d’Amin Maalouf, malgré 10 ans depuis sa publication, reste un livre d’actualité qui contient un message universel, primordial et à mon sens fondateur pour notre culture. À lire absolument, un grand message d’ouverture, fort, nuancé, à la littérature belle et fluide, un livre au message humaniste.

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