Corto Maltese

Il est difficile de parler de Corto Maltese sans tomber dans le kitsch. –évasion, liberté, aventure, rêve…- Pourtant, ce sont les sentiments que l’on ressent à travers les histoires d’Hugo Pratt. Hugo Pratt, dessinateur et aventurier du XXème siècle, nous fait voyager, par son dessin précis, noir et envoûtant aux quatre coins de la terre et par delà les mers. Il nous fait découvrir un univers de magie, poétique et dangereux. Notre compagnon, je devrais dire plutôt notre miroir dans ces aventures : Corto Maltese. Marin, pirate et rêveur, bercé dans les mystères, les chasses aux trésors perdus et la poésie, il se trouve être notre idéal de liberté que l’on met de côté si souvent de nos jours. Les lieux ? Le monde. Il parcourt les continents, Venise, Buenos Aires, la Mauritanie, la Polynésie, la Perse, la Sibérie, la Chine, la Suisse, l’Irlande et l’Amazonie. Mais aussi les mers, dont notamment l’océan pacifique, le plus grand de tous, et pas si pacifique que son prénom ne le laisse entrevoir.

Corto Maltese traverse donc un monde onirique fleuretant avec les évènements politiques du début du siècle. L’honneur et l’argent n’ont plus la même valeur, la seule raison d’être de ce personnage est l’aventure, sous toutes ses formes : un vieux document criblé par la vieillesse le lance à la poursuite d’une émeraude cachée (Fable de Venise), une rencontre avec les Lanternes Rouges l’entraîne dans une aventure en Sibérie pour récupérer un train chargé de l’or des tsars (Corto Maltese en Sibérie), l’emprisonnement de son ami Raspoutine le fait traverser la Perse pour le retrouver à travers les fumées de haschisch (La Maison dorée de Samarkand)…

Le lecteur découvrira aussi des personnages tout aussi uniques qui croisent et accompagnent pendant quelques aventures Corto. Raspoutine, l’alter égo sombre, sans scrupule et qui n’hésiterai pas à tuer Corto malgré leurs liens d’amitié. Steiner, professeur d’université imbibé d’alcool à la poursuite d’un continent perdu. Et des femmes, de nombreuses femmes, exceptionnelles et de caractère : pirates, prostituées, actrices, illuminées, instigatrices de rébellion, magiciennes et comtesses. Des femmes esquissées à l’aquarelle qui laissent leurs empreintes dans le cœur de notre héros.

Corto Maltese file durant les trente premières années du XXème siècle à la vitesse d’une vague et s’éteint sans traces après vingt-neuf aventures. Il laisse néanmoins derrière lui un souffle de liberté et de poésie que peu de récits ont réussi à insuffler. Corto reste fidèle à lui-même, et l’on se surprend à l’attendre au coin d’une ruelle jaunie de Venise ou sur une plage de sable fin, récitant un vers d’Arthur Rimbaud, anarchique et rêveur, son sourire énigmatique aux lèvres.

Quelques titres à lire à tout prix : La Ballade de la mer salée (1975), Sous le signe du Capricorne (1977), Les Celtiques (1980), Les Éthiopiques (1978), Corto Maltese en Sibérie (1979), Fable de Venise – Sirat al Bunduqyyiah (1981), La Maison dorée de Samarkand (1986), Tango (1987).

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